Entre le 3ème mandat et la succession …

lundi 18 août 2014 par Arimi Choubadé

Ou encore le péché du 3ème mandat face à l’espoir de la succession. Pour le moment c’est la première hypothèse qui semble prendre le dessus. Tous, vent debout, mobilisés autour du grand chef, le seul et unique leader du clan. Tous pour Yayi, l’éternel ; un troisième mandat, puis, immanquablement un 4ème, un 5ème et ainsi de suite. A la Roosevelt, selon la célébrissime dame du gouvernement. En d’autres termes, un mandat supplémentaire qui équivaut à un règne à vie. Cela est devenu une passion pour une grande partie de la classe régnante du pays pendant que les défis majeurs du développement sont pris au piège de l’incompétence, de la corruption, du régionalisme et d’un chômage himalayen. Week-end, meetings et autres jamborees politiciens sont tous consacrés désormais à la proclamation de l’immortalité du roi. Haro sur tous les petits ambitieux enclins à se voir un jour installés sur le trône même si pour certains d’entre eux qui, de bonne foi, ambitionnent de reprendre le flambeau et perpétuer l’héritage du chef, le roi est éternel ! Gloire immortelle dirait l’autre !

Un zélateur croyait dire une parole sensée en insinuant qu’on ne devrait pas connaitre le successeur du roi de son vivant. Tout le clan est ainsi invité à faire l’impasse sur la moindre réflexion en la matière, en attendant le décès du roi. Or, la constitution ne prévoit que 45 jours pour remédier à toute vacance du pouvoir. Imaginez la meute des prétendants en train de régler tous les problèmes d’égo et de cacophonie des ambitions en moins d’un mois et demi. Réussir en 45 jours ce qui n’a pu être fait au bout de deux mandats cumulés de 5 ans chacun (10 ans). Ce n’est pourtant pas à ces bondieuseurs visibles à toutes les strates de la refondation qu’il faut rappeler que l’immortalité n’appartient qu’au créateur de l’univers selon les écritures saintes dont ils se gargarisent à longueur de discours. Et que tôt ou tard, il serait impossible de faire l’économie du débat sur l’éventuel successeur. Même pour le grand Roosevelt, inspirateur, malgré lui, de la croisade pour le 3ème mandat a toujours eu un Vice-président, dauphin constitutionnel durant ses nombreux mandats à la tête des Etats-Unis d’Amérique dont l’un Harry Truman lui a succédé à sa mort.

Ce qui rend cette affaire nauséeuse c’est la primeur accordée à la transgression d’une règle constitutionnelle au détriment du respect de cette même loi fondamentale. La légalité penche du côté de la succession d’autant plus que la constitution elle-même limite le règne : un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois (article 42). L’existence d’un projet de révision du texte ne suspend pas l’application et le respect de l’existant. Or la tendance actuelle des « roitelets » c’est de fustiger toute velléité de successeurs éventuels au profit d’esbroufes désordonnées autour d’un mandat supplémentaire non constitutionnel. A peine s’ils se rendent compte de l’opprobre que toutes ces agitations jettent sur la profession de foi de leur champion devant de prestigieuses personnalités de rang mondial (Benoit XVI, Sarkozy, Obama) au sujet de sa répulsion vis-à-vis de tout rajout de mandat au-delà des deux prévus.

L’argument de la priorité accordée à la réussite du mandat en cours pour étouffer d’éventuels héritiers se trouve trahit par les danseurs du ventre lancés à l’assaut d’un 3ème mandat. A moins que la manœuvre ne cache en réalité une stratégie de fuite en avant voire de la terre brulée visant à faire l’impasse sur le bilan. En effet, un débat sur la succession est inévitablement celui du bilan. Il est d’ailleurs dans l’intérêt du régime d’ébaucher son propre bilan et de ne pas laisser le monopole de cet exercice aux seuls adversaires. L’exhortation à l’opposition de travailler sur son projet de société en prélude aux prochaines consultations électorales vaut également pour le régime du moins pour ses héritiers du régime.

Selon la constitution, le 3ème mandat est un péché, la succession est un espoir…

Par Arimi Choubadé
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