Les sages ont suivi Fatoumata Djibril sur Canal 3 !!!

mercredi 27 août 2014 par Arimi Choubadé

Elle aurait violé la constitution en parlant de l’éventualité d’un troisième mandat pour Yayi sur Canal 3. Ainsi en ont décidé les juges constitutionnels, désormais juges de la parole. Avant Fatoumata Djibril, le chef de l’Etat lui-même avait été le premier à faire les frais de cet activisme des sages après sa célèbre interview le 1er aout 2012. Il aurait méconnu la constitution à travers ses propos, avait été le verdict. Cette fois-ci, l’ex dame du coton écope d’une accusation plus grave pour remise en cause de l’autorité de la chose jugée au sujet du nombre de mandat rigoureusement limité à 2 par l’article 42 de la constitution. Heureusement pour elle que l’infraction est restée sans frais puisque non assortie de sanction. Surtout qu’elle était déjà sortie du gouvernement avant la publication de la sentence. Incident clos ?

Le moment de se poser, néanmoins, des questions sur le rôle de juge d’opinion dont raffolent les sages depuis peu. Jusque-là, tout le monde pensait que seule la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac) était compétente pour juger des déviances éventuelles à travers les médias. Mais la Cour constitutionnelle vient d’inaugurer une nouvelle ère. En effet, bien que ministre, Fatoumata Djibril n’est pas sous serment comme l’est le chef de l’Etat. Un ministre n’est pas installé par la Cour constitutionnelle et ne prête pas serment devant elle. Il n’est responsable que devant le chef de l’Etat. Autrement dit, l’ex-ministre de l’Agriculture ne faisait qu’exprimer une opinion personnelle. Pour les simples d’esprit comme moi, le fondement juridique de cette décision de la Cour constitutionnelle reste à démontrer. En effet, une déclaration faite sur une chaine de télévision n’est pas un acte juridique passible du contrôle de constitutionnalité. C’est tout au plus un fait médiatique qui devrait relever de la compétence de la Haac chargée de l’éthique et de la déontologie dans les médias.

Face à une opinion exprimée, on ne peut opposée qu’une autre. Le droit constitutionnel ne devrait pas être instrumentalisé au service de la dictature de la pensée unique. Après l’intervention de Fatoumata Djibril il y a déjà eu dix, cent, mille … autres contraires, émanant d’autres citoyens, aussi bien sur Canal 3, la chaine originelle de la polémique, que sur d’autres médias. Le débat devrait donc logiquement se limiter là puisqu’elle n’a signé aucun acte réglementaire dans le sens d’un éventuel 3ème mandat. Elle a même pris la précaution d’en appeler à un probable arbitrage du peuple afin de concrétiser ce dessein d’accaparement du pouvoir. C’est peut être une opinion dévoyée mais c’est une opinion quand même.

La remise en cause de l’autorité de la chose jugée n’est pas moins évidente dans les propos de Karim da Sylva à Porto-Novo devant un parterre de journalistes, relayés à travers de nombreux organes de presse. Ces paroles devraient pouvoir être soumises elles-aussi aux fourches caudines des sages prompts à s’attaquer à une dame qui comme le vieux de Porto-Novo n’est pas sous serment et n’a pas été installée par eux. Son éviction du gouvernement paraissait la réponse appropriée. L’intrusion de la Cour constitutionnelle dans l’expression libre devrait préoccuper tous les défenseurs de la démocratie et des libertés. Cette décision incriminant Fatoumata Djibril conforte certes le camp du non à tout 3ème mandat pour Yayi mais cela ne constitue pas moins un dangereux précédent vers la constitutionnalisation de la pensée orientée. Il suffirait donc qu’une opinion ne plaise pas aux sages pour que son interdiction soit inscrite au bloc de constitutionnalité et revêtue de l’autorité de la chose jugée. Ce n’est parce que quelque chose est inscrit dans la constitution qu’on ne peut plus opiner à propos.

Le droit d’avoir une opinion est constitutionnel aussi, y compris pour une ministre !!!

Par Arimi Choubadé
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