Pays des diagnostics, jamais des remèdes...

mercredi 1er octobre 2014 par Arimi Choubadé

Des années que les différents maux du Benin sont connus, dénoncés, étudiés, soupesés... Les régimes successifs y consacrent symposiums, séminaires, ateliers, missions, tournées, conférences, tables rondes, sommets... Inutile de revenir sur le nombre de milliards engloutis dans ces trucs. Tout Béninois capable de tenir un discours public sait comment s’improviser spécialiste en diagnostic des maux nationaux. Plus des spécialistes du constat que de véritables guérisseurs ou porteurs de solutions. Le commun des Béninois sait par exemple que la culture du coton est sans perspective pour l’économie nationale. Que les partis politiques sont totalement en déphasage avec la marche vers le développement durable. Que les méthodes d’enseignement empruntent trop aux bouquins parfois dépassés au détriment du vécu réel des populations. Que les politiques de formation n’ont jamais cadré avec les besoins du terrain. Que l’administration publique est trop corrompue parce que trop politisée. Que la sauvegarde de la paix et de la stabilité du système politique tient plus à dame la chance qu’à l’intelligence des Béninois. Bref, que le pays va mal.

L’ensemble des acteurs de la vie publique est conscient que le seul blocage pour les élections, c’est l’absence de ressources financières destinées à rendre disponible le fichier électoral par le Cos/Lépi. Au même moment, tous les efforts sont concentrés sur la polémique, les jamborees itinérants, le 3ème mandat et autres slogans populistes ("après nous, c’est nous" ; "après eux, c’est sans eux"). Un pays où tout le monde parle sans que personne n’écoute son voisin. Une foire de 10 millions d’individus pour 10 millions de potentiels partis politiques, d’autant de projets de société virtuels. La seule grande invention dont le quartier latin a été capable en 54 ans d’existence en tant qu’Etat est la conférence nationale en février 1990. Une transition en douce, du parti unique au pluralisme, sans effusion de sang. Mais au prix d’une consécration de l’impunité voire de la falsification de l’histoire à travers des lois d’amnistie pour des crimes commis depuis 1960 dont personne ne cherche à connaître l’ampleur. Le pardon sans la vérité. "Tout peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre" disait Winston Churchill.

On comprend toute la difficulté des Béninois à se projeter vers le vivre ensemble. Le destin national est devenu une juxtaposition désordonnée des destins personnels. Ce qui devient une gigantesque cacophonie à l’échelle de 10 millions d’égo. La seule fois où il a été possible d’esquisser un mécanisme sur ce fameux destin commun ce fut grâce au Pnud à travers le projet des Nouvelles Perspective à Long Terme qui s’est fixé pour horizon le Bénin en 2025. Mais à peine si les grandes conclusions du document réalisé à grands frais par les partenaires au développement parviennent à impacter les options de gouvernance des régimes successifs. Au point où le pays manque de la
moindre solution face au moindre problème.

Les seuls remèdes aux défis socio-politiques demeurent le pourrissement et l’impasse. Il en est ainsi de la grogne des travailleurs (enseignants, magistrats, infirmiers, policiers, douaniers...), du renouvellement des mandats des élus locaux, de la tension politique, de l’échec scolaire, de l’anarchie dans le paysage médiatique etc... Je vois déjà quelques lecteurs se demander ce que propose cette chronique pour déverrouiller les impasses. La réponse coule de source puisque le Bénin n’est pas la première nation sur la planète qui aspire à la modernité et à la démocratie. Il suffit de prendre conscience du rôle de bâtisseur de la nation dévolu aux partis politiques dans une République normale. En d’autres termes, il n’y a que les partis pour sortir le Bénin de l’abysse. Pas seulement pour réclamer la légitimité de proposer des présidentiables mais pour être les concepteurs de projets de société et les laboratoires d’idées ; des creusets d’apprentissage du vivre ensemble, du réfléchir ensemble et du destin national. A condition de les sortir de l’informel et du financement sauvage.

La solution est donc là...messieurs !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1380-pays-des-diagnostics-jamais-des.html

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?