Le droit de mourir selon François, l’un des meilleurs d’entre nous !!!

vendredi 3 octobre 2014 par Arimi Choubadé

Personne n’a pu l’empêcher de partir. Il s’est forgé sa ligne de vie et rien ne pouvait l’en dévier. Ni les moralisateurs, ni les conseilleurs encore moins les moqueurs. François était François et personne d’autres. Signe du destin ? Prémonition ? Envie de mourir ? Il a conservé son droit de vivre (ou de mourir) sans trop se soucier du qu’en dirait-on. Sans causer préjudice à personne sauf certainement à la petite Maeda, orpheline avant même de prendre conscience de ce qui lui arrive. François avait réussi à n’appartenir à aucun ami en particulier, aucun clan, aucune tendance, aucune chapelle. Il appartenait à la presse dans son ensemble même s’il y avait fait son entrée par la presse sportive. Les effusions d’émoi constatées tous azimuts témoignent qu’il appartenait au Bénin tout en entier et au-delà.

Pour une fois, un départ aussi précoce, dans l’espace audiovisuel, a le mérite de susciter moins de polémique. C’est fut le professionnel tout court qui déclenche la compassion chez tous ses compatriotes, de l’opposition comme de la mouvance, musulmans, chrétiens, animistes, incroyants. Il faisait le métier sans malice ; ce qui lui vaut le privilège de partir, en paix avec tout le monde ou presque. Les proches de son ancien collègue du groupe de presse "Le Matinal", feu Christophe Houngbo auraient souhaité vivre pareille contexte. On pourrait même dire qu’il s’agit d’une mort sans histoire quand bien même elle a marqué l’opinion nationale par sa brutalité et sa précocité : 32 ans, géniteur d’une fillette. Sauf qu’il s’agissait d’un des meilleurs d’entre nous. Sa grande renommée m’a, personnellement, permis de recevoir, à titre individuel, des milliers de messages de condoléances bien que je ne fasse pas partie du dernier carré de ses proches et sans jamais avoir fait la même rédaction que lui.

C’est heureux que le tribunal de la rue n’ait pas attribué à ses collègues du plateau de Canal 3 des gris-gris maléfiques lui ayant été fatals. Sous réserve de dénicher au sein de sa propre famille le (ou la) sorcier de service chargé de la sale besogne. A la décharge de ses compagnons de plateau, tous les accrocs de l’émission Actu Matin peuvent témoigner de leur solidarité envers leur ami dans son combat face à sa prétendue addiction. Je me souviens d’une chronique de Sulpice Oscar Gbaguidi mis en débat sur le plateau un vendredi. Le chroniqueur y parlait avec beaucoup d’emphase de ces grands viveurs de Cotonou qui connaissaient par chœur "la géographie des bars" et "le répertoire des servantes". Au débat était convié justement un certain François Mensah que l’on a senti très fébrile voire mal à l’aise à l’écran. On percevait chez ses amis une volonté de provoquer cette séance de catharsis destinée à le faire sortir du pétrin. Sur ce coup, ils ont été très bon psychologues pour avoir choisi l’espace que leur ami adorait le plus, à savoir l’émission "Actu Matin" pour lui dire leurs vérités. Si cela n’a pas marché, on ne peut, néanmoins, pas leur reprocher de ne pas avoir tout tenté.

Reste le détail des hommages dont l’ampleur convient amplement à la dimension du talent du disparu. Des milliers de gens au siège de la télévision qui l’employait ; des millions de post et de commentaires sur les réseaux sociaux ; la minute de silence en conseil extraordinaire des ministres ; les hommages en continu dans les médias. Le concert d’hommage n’est pas dû au fait que François distribuait de l’argent ou des biens à tour de bras. Le seul lien qui le liait à tous ceux qui regrettent sa disparition c’est sa passion pour son métier. On peut déplorer qu’il n’ait pas obtenu beaucoup de médaille, de distinction, de prix ou de reconnaissance publique. Mais chaque fois que quelqu’un viendrait s’incliner sur sa sépulture il pourrait retenir, gravé dans son cœur, ceci :

"Ici gît un homme qui faisait bien son métier..."

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1381-le-droit-de-mourir-selon-francois.html

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