Cyriaque Azoma était journaliste, lui aussi, mais pas star de télévision...

mercredi 15 octobre 2014 par Arimi Choubadé

Dans l’ombre de l’autre. Impossible de parler de Cyriaque Azoma pendant que le buzz autour de François Mensah n’est pas encore dégonflé. Surtout que le destin a décidé de frapper, coup sur coup, en fauchant l’un la semaine où l’autre devait être inhumé. Les deux s’étaient d’ailleurs côtoyés un moment au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga avant que la mort n’emporte le plus jeune. Tous deux sont partis dans la fleur de l’âge, 32 ans pour le premier, 42 pour le second. Pas étonnant que les gens se posent des questions sur les raisons pour lesquelles les journalistes meurent si jeune. C’est vrai que le statut du journaliste du secteur privé au Bénin ne vaut pas grand chose à côté de l’émigrant nigérian rompu dans le commerce des pièces détachées de véhicule au marché Dantokpa ; tous les deux sont dans l’informel et sont inconnus des services de sécurité sociale, sans salaire souvent, sans contrat, sans statut, sans retraite, sans assurance maladie, sans plan de carrière...

Ce n’est jamais un plaisir d’être contraint de rendre hommage à un confrère. C’était plus simple de passer un coup de fil à François ou à Cyriaque afin de prendre un pot en toute confraternité que de rédiger des chroniques d’hommage ou de reconnaissance. Dommage que les décès de confrère soient les seuls instants où le sentiment d’appartenance à une corporation à la peine est le plus fort et le plus exalté. Pendant quelques jours, les journalistes se bercent dans l’illusion d’une communauté de destin ; tous conscients de l’effet chimérique des émotions du moment. Cyriaque a donc fini par tirer sa révérence, vaincu par la maladie. On croyait qu’il avait pris le dessus sur la fatalité lorsqu’il a survécu à un accident mortel qui l’avait, longtemps, tenu loin de la plume, il y a quelques années seulement. Mais la maladie a été plus malicieuse pour ne pas dire plus maléfique. Il ne nous reste plus qu’à pleurer le confrère, l’ami, le frère, le journaliste...

Lui n’était pas star de télévision. Pas pour faire comme l’autre "jaloux" de trop de bruit autour du décès de François. Mais juste pour insister sur la différence entre les deux disparus. François était exubérant, explosif, vivant et affable. Cyriaque était tout le contraire : réservé, timide, effacé, taciturne voire secret. Presque tous les Beninois ont eu l’occasion de consommer du François Mensah au petit déjeuner devant leur petit écran. Or Cyriaque Azoma ne peut être lu que par les lecteurs des différents journaux dans lesquels il a officié au cours de sa brève carrière : Ex-Liberté, Le Challenge puis Tonnerre Info qu’il a fini par créer lui-même après de bons et loyaux services à des patrons avec qui la vie n’était pas toujours facile. Lui n’a donc pas bénéficié de la magie de la télévision. On comprend donc qu’à l’annonce de sa disparition les réseaux sociaux ne se sont pas enflammés comme ce fut le cas le 1er octobre 2014 pour François.

Le départ de Cyriaque ne saurait être une raison pour refroidir les hommages à François. Je parie que s’il devrait choisir, Cyriaque n’aurait jamais souhaité avoir des ballets incessants des hommes politiques, des artistes, des journalistes et du monde des affaires en direct durant plusieurs jours sur un écran de télévision, en son honneur. A chacun son style, à la vie comme à la mort. Le drame n’est pas moins douloureux parce que c’est une plume qui s’est définitivement éteinte. C’était une manière de faire du journalisme qui disparaît ainsi. En effet ce qu’on ne sait pas assez c’est que Cyriaque est avant tout un homme de loyauté, très attaché à ses convictions. En ce sens qu’il n’a jamais caché sa proximité avec une sensibilité politique de la place malgré la volatilité ambiante des postures dans la vie publique béninoise.

Adieu François la star ! Adieu Cyriaque le journaliste !!!

Par Arimi Choubadé
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