Une police à protéger contre elle-même...

vendredi 17 octobre 2014 par Arimi Choubadé

Les Béninois espéraient la sécurité et la paix. Ils ont désormais du sang, encore du sang, comme ils n’en ont jamais vu auparavant. Du sang partout, dans les rues, dans les journaux, sur les écrans de télévision, sur les réseaux sociaux. Du sang vrai, qui n’a rien à voir avec les effets spéciaux colorés de Nollywood ou de Hollywood. Le fait nouveau dans cette actualité sanguinolente, c’est l’apparition des hommes en uniforme notamment des policiers parmi les cadavres charriés impudiquement par les médias. Les images d’agents gisant dans une marre de sang, habillés dans des uniformes incarnant la puissance publique, dans des postures indignes, confortent la psychose générale. C’était déjà très choquant de se voir imposer des images de cadavres de personnes anonymes criblées de balles présentées aux journalistes depuis des enceintes de commissariats ou de brigades de gendarmerie. Ceci à travers la désormais tristement célèbre nouvelle procédure pénale inventée par les officiers de police judiciaire qui peuvent décider, par eux-mêmes, sans l’avis d’un juge, de donner à leurs trophées macabres les qualificatifs de leur choix pompeusement repris en chœur par les journaleux de service : "malfrats", "braqueurs", "bandits de grand chemin", "divorcés sociaux"...

Il y a de quoi redouter une banalisation de la personne humaine avec ce cycle maléfique d’anonymes abattus sans jugement et de policiers assassinés en pleine rue. Le sang appelle le sang, dans une logique inflationniste qui fait froid dans le dos. La vocation de la République ne devrait pas être de fabriquer des policiers qui tuent et qui se font tuer en retour. Les citoyens ne comprennent plus rien aux enjeux de cette sale guerre. Il est vraiment loin le temps où le public avait le droit de connaître les vérités sur les crimes les plus violents et les plus spectaculaires. Tout le monde se souvient des procès suite au braquage de la Financial Bank à Akpakpa ; celui de la poste de Sainte Rita ou celui du convoyage de fonds à Guinkomey. Des procès qui ont permis de cerner toute la structure de ces crimes afin de prévenir bien d’autres tout en redonnant confiance à la population. Sous l’ère de Louis Philip Houndegnon et compagnie les enquêtes aboutissent presque toujours à des pogroms ou des massacres vengeurs.

Plus personne ne maîtrise là où pourrait nous amener cette escalade sans fin. Pas même les policiers, eux-mêmes, embarqués pour leur grande majorité dans une course obscure dont les règles ne sont pas connues. La police est devenue une profession libérale ponctuée par un sauve-qui-peut généralisé. Chaque policier doit courir pour avoir sa maison, sa voiture de luxe, ses maîtresse, ses galons, ses uniformes et parfois ses armes de fonction. Alors que la police devrait être un instrument aux mains de l’Etat, un corps sous contrôle. Ailleurs l’Etat engloutit d’importants moyens dans la "police des polices" placée sous l’autorité directe d’un juge afin de protéger les policiers non seulement contre le monde extérieur mais également contre leurs propres pulsions nuisantes.

C’est proprement malsain de savoir qu’un policier est en poste à Cotonou alors que sa hiérarchie est consciente que son salaire ne lui permet pas d’y louer une chambre et d’y faire vivre sa famille. Dans certains pays, le cantonnement de policiers dans un même quartier entièrement construit par l’Etat a fait ses preuves. Au Bénin, chaque agent vit là où il peut ; fréquente qui il veut ; sa hiérarchie ignore tout de sa vie en dehors du service. Même les camps militaires sont désertés par les généraux et le commandement, la plupart propriétaires de villas cossues ; certains n’hésitent même pas à étaler une capacité de mobilisation de ressources financières et matérielles conformes à leur stature de présidentiable. Les services de renseignements devraient concentrer plus d’efforts sur les mouvements de ces hauts gradés détenteurs des informations les plus sensibles de la République. Ce n’est pas la traque d’opposants non armés qui peut apporter quelque chose à la sécurité du pays et des citoyens.

Le ver et le fruit sont confondus...

Par Arimi Choubadé
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