Le Bénin n’est pas le Faso...

mercredi 29 octobre 2014 par Arimi Choubadé

L’un est à la recherche de la démocratie, l’autre veut consolider celle qu’il expérimente depuis 25 ans. Ouaga a soif d’alternance au pouvoir alors que Cotonou veut des élections retardées depuis deux ans. Ces nuances étaient nécessaires en cette période où les citoyens ont recours au macadam dans les deux villes, à 24 heures d’intervalle. Les marcheurs de Cotonou n’ont rien à voir avec ceux de Ouaga ou de Bobo Dioulasso. Les burkinabés ont tout à construire après près de 27 ans de monolithisme politique. Cela explique la volonté d’en découdre des jeunes ouagalais nés dans le régime Compaoré et pour qui l’alternance au sommet de l’Etat relève du mythe. Eux peuvent se défouler en renversant des statues (signes distinctifs des dictatures), en cognant sur des policiers, en enflammant des pneus en pleine rue ou en menaçant physiquement des députés acquis au projet de révision de la constitution en vue du maintien à la tête du pays de Blaise Compaoré.

À l’inverse, aucun des marcheurs de Cotonou ne devrait avoir vu Yayi au pouvoir à leur naissance si les organisateurs ne commettaient pas la bêtise d’admettre des mineurs de moins de 9 ans dans leurs rangs. Tous ont donc déjà vécu l’alternance au pouvoir, à plusieurs reprises pour la majorité d’entre eux. De plus, ils n’auront aucune statue de Yayi à terrasser dans les rues des grandes villes du Bénin. Les quelques-unes qui incarnaient la période dictatoriale avaient, toutes, été détruites lors de la gigantesque marche de décembre 1989, le véritable printemps noir précurseur de toutes les conférences nationales en Afrique. Un glorieux passé qui impose à tous les acteurs Béninois, de tous les bords, une bonne dose de responsabilité et de circonspection. Cotonou n’a donc pas de compétition à faire avec Ouaga sur le plan de la lutte pour plus de liberté.

La détestation de Yayi ne peut justifier que l’on oublie les acquis démocratiques. Le rôle des marcheurs du 29 octobre 2014 devrait donc se limiter au rappel de ces acquis et à la nécessité de les préserver en les renforçant. Ils ne sont donc pas des révolutionnaires encore moins des pionniers. Juste des veilleurs citoyens dont a besoin tout État de droit en construction. Quoi qu’on dise, il existe un embryon de débat politique (ou politicien) grâce auquel des députés de la majorité présidentielle ont contribué à l’ajournement du processus de révision de la constitution au palais des gouverneurs de Porto-Novo. L’ostracisme imposé sur les médias publics aux contradicteurs du régime ne les a pas empêchés de se faire entendre à travers des organes de presse privés. D’autres espaces de liberté ont pu être préservés en l’occurrence par les syndicats, les associations, les partis politiques etc...

Par contre, la quarantaine électorale qui dure depuis 2011 ne saurait être tolérée plus longtemps dans un pays-symbole comme le Bénin. Cele mérite bien la manifestation du 29 octobre 2014 et bien d’autres jusqu’à ce que les électeurs puissent retrouver le droit d’aller aux urnes. Néanmoins, cela ne mérite pas non plus un recours à des modèles inadaptés à l’instar de celui qui a coûté la mort de près de 16 personnes au Sénégal dans une contestation stérile de la troisième candidature de Wade. Ce dernier a pu faire réviser la constitution malgré l’ébullition dans les rues même s’il a été finalement battu aux élections. Le Faso pourrait connaître le même scénario puisque sur le plan institutionnel Blaise Compaoré n’a rien à craindre grâce à un parlement entièrement acquis à sa cause. Il ne s’agit donc pas pour les marcheurs de Cotonou de rivaliser avec leurs homologues ouagalais mais de conserver leur statut de modèle et de référence pour la sous région.

Là-bas on court après l’alternance, ici on veut la préserver...

Par Arimi Choubadé
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