Le Faso entre la constitution et...le fusil...

mercredi 5 novembre 2014 par Arimi Choubadé

Le tumultueux après-Blaise s’est immanquablement invité sur la scène internationale. Dlamini Zuma, François Hollande et Obama, tous en cœur jurent sur une transition gérée par les civils. Il est même question d’un retour à la constitution. Le colonel Zida et compagnie voient ainsi ruiner toutes leurs prétentions de passer pour des héros de la chute de la dictature. Même la tentative de faire croire à une prétendue collusion entre la garde présidentielle et les manifestants de Ouaga a fait psychitt. Après l’émotion et les élans jubilatoires de la fuite de Blaise Compaoré et famille, place à la lucidité. Les burkinabés ne semblent pas prêts d’oublier toute la frousse que leur imposait la soldatesque entièrement acquise au dictateur durant plusieurs décennies. Pas question de prolonger la terreur même, pour un mois de plus. L’Ua a déjà mis la limite à deux semaines à travers un communiqué enjoignant aux militaires de déguerpir de la transition au plus tôt.

Dommage pour Blaise qui croyait avoir laissé, derrière lui, un intermède militaro-putschiste, dépourvue de toute légitimité. Sûr qu’il était que les guéguerres entre casernes, les rivalités au sein de la classe politique et l’amateurisme de la société civile allaient perdurer une bonne année de transition au moins, à la nigérienne ou à la Daddis Camara (ce dernier coule d’ailleurs encore un exile douillet à Ouaga). Le temps de passer aux oubliettes les années de traque d’opposants partout sur le territoire burkinabé. Avec les manettes du pays en main, les militaires pouvaient manœuvrer à leur aise afin que le successeur à désigner leur donne suffisamment de gage. Peut-être des lois d’amnistie, des altérations de preuves accablantes ou des dissimulations de pièces à conviction comme savent le faire tous les systèmes dictatoriaux en reconversion forcée.

Les prétendus analystes qui prophétisent incidemment une apathie des opposants burkinabés peuvent prendre leur mal en patience. Eux qui dénient par anticipation à la classe politique et à la société civile la capacité de trouver en leur sein un citoyen digne d’occuper les fonctions présidentielles peuvent prendre leur mal en patience. Face aux velléités des militaires à conserver le pouvoir, elles sont contraintes de faire le dos rond en gardant le triomphe modeste qu’elles n’ont pas définitivement conquis l’essentiel du pouvoir d’Etat. Dès le retrait des putschistes manipulateurs dans leurs casernes respectives nul doute que le débat politique pourrait enfin refaire surface avec une bonne dose de désir de justice et de vérité sur toutes les dérives couvertes par l’ancienne dictature. Zida et les siens peuvent déjà commencer par préparer leur défense à l’heure du grand déballage imminent à commencer par les crimes sur Sankara, Ligali, Henri Zongo, Norbert Zongo etc...

Le cas burkinabé dévoile néanmoins la persistance de la dualité entre le fusil et la constitution dans les fragiles démocraties africaines surtout en zone francophone. C’est dans cet espace plus qu’ailleurs sur le continent qu’un militaire se croit investi d’une légitimité supérieure à la loi fondamentale de tout un pays. Surtout lorsqu’on observe la célérité avec laquelle Le colonel Zida et ses frères d’arme ont rendu presque inapplicable la transition prévue par la constitution. Le lieu de s’interroger sur les circonstances de l’incendie du siège du parlement à Ouaga malgré la présence des militaires. Cette gigantesque bâtisse mise en flammes, en quelques minutes, par des manifestants qui n’avaient en leur possession ni bidons d’essence ni paquets d’allumettes au moment de quitter leurs domiciles respectifs. Comme si quelqu’un s’évertuait à embrouiller toute transition constitutionnelle dès la démission provoquée du chef de l’Etat. N’est-ce pas la même armée qui s’est précipitée de dissoudre le parlement avant de demander ensuite le départ du chef de l’Etat ? Mais la communauté internationale veille.

15 jours pour que le fusil s’écarte au profit de la constitution...

Par Arimi Choubadé
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