Du soulèvement populaire au Bénin ???

lundi 17 novembre 2014 par Arimi Choubadé

Issè Iko en a fait son chou gras lors de son passage du dimanche 16 novembre 2014 sur la télévision canal 3. Logique pour un "gauchiste" dont la famille politique continue d’observer une marginalisation systématique vis-à-vis de l’ordre instauré à la conférence nationale de février 1990. A peine si les "rouges" et leur leader ont accepté participer à une présidentielle avec Pascal Fantondji comme candidat puis à deux ou trois législatives. Leur bilan de participation au processus du renouveau démocratique se résume, en tout et pour tout, à un seul élu, Noël Koussey, à la 2ème législature (1995-1999). Pour le reste, ils n’ont de cesse d’en appeler à une révolte populaire pour prendre le pouvoir. Ils sont demeurés inconsolables depuis leur tentative infructueuse de chasser Kerekou de la Marina par la rue en 1989. On peut donc comprendre que Issè Iko, digne successeur de Gaston Azoua à la tête de la Centrale des Syndicats de Travailleurs du Bénin (Cstb), puisse continuer de caresser le vœu d’une révolte du peuple au Bénin.

Par contre, ce qui est plus préoccupant, c’est la reprise de ce genre de discours pas des acteurs que l’on croyait pourtant intégrer au système politique d’après-conférence nationale. Un système régenté par la constitution encore en vigueur et qui ne prévoit que les élections comme mode de conquête du pouvoir et rien d’autre. On se demande alors d’où peut venir ces envies de soulèvement populaire avec son cortège de casses, de vandalisme, de morts d’homme, de violences incontrôlées, d’incertitudes institutionnelles. A peine audible il y a quelques semaines, la solution de rue revient de plus en plus dans les discussions après les événements de Ouagadougou. Comme si le départ de Blaise Compaoré poussé à la porte par des manifestants de rue devrait signifier automatiquement le départ de Yayi de la même manière. Remarque importante cependant : seuls les acteurs politiques ayant perdu tout lustre électoral depuis quelques années semblent sensibles à cet hymne à la rue. Peut-être une manière pour eux d’espérer une nouvelle légitimité après le cafouillage ; par la rue...

Soit ! Le problème, c’est que ces trucs ne se passent pas comme des opérations chirurgicales impeccables. A Ouagadougou le 30 octobre 2014, il ne s’est pas passé que la démission de Blaise de son poste de président du Faso. Il y a eu également d’autres vilaines choses dont on parle peu. Des citoyens ont perdu leur vie, d’autres ont écopé de graves blessures, des édifices publics et des propriétés privées ont été saccagés. Même si une campagne de cosmétique a abondamment relayé sur les chaînes de télévision des séances de balayage collectif prétendus spontanées dans les rues des villes meurtries par la folie des rues. Ne parlons pas de la pagaille institutionnelle en cours après le vide du pouvoir et dont personne ne peut prédire l’épilogue. C’est donc ce vent de désordre et de psychose générale que des partisans du soulèvement populaire semblent souhaiter pour leur pays le Bénin.

Il est évident que la gouvernance actuelle suscite de sérieuses appréhensions chez plusieurs citoyens. Peut-être aussi que la solution brutale pourrait sauver le pays d’une catastrophe à venir surtout que depuis deux ans les citoyens sont privés du droit de vote et ne parviennent toujours pas à élire leurs élus municipaux et locaux. Mais, faudrait-il que les candidats à la révolte puissent expliquer à leurs compatriotes ce que pourrait devenir le Benin au lendemain du passage de l’ouragan : plus de parlement, plus de gouvernement, plus de constitution, plus d’armée unie. Alors que le pays n’a pas attendu de passer par ce chaos avant de faire rejeter en commission des lois du parlement, à plusieurs reprises, le projet de révision constitutionnelle, malgré les gages d’alternance prêchés par Yayi et les siens. S’il n’y a donc pas de risque de révision de la constitution, d’exécution, d’exile ou torture d’opposants politiques, pourquoi aller à la violence de rue ?

La rue pour le plaisir ou pour le mimétisme ???

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1398-du-soulevement-populaire-au-benin.html

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