Un opposant est né

mercredi 31 octobre 2007 par Arimi Choubadé

Ou plutôt, né de nouveau. Me Houngbédji sort des bois 19 mois après sa défaite à la présidentielle de mars 2006. Quelques mois seulement de moins que le délai d’indécision (24 mois) vis-à-vis du premier mandat de Kérékou avant la défection en bloc des ministres Prd du gouvernement en 1998. Cette fois-ci, il fallait juste confirmer une rupture pourtant visible depuis fort longtemps – personne n’a souvenance d’une véritable collusion entre lui et Yayi Boni depuis l’avènement du changement.

Rien de nouveau pour Houngbédji qui connaît l’adversité politique sous plusieurs formes : l’exil, l’humiliation, la condamnation à mort par contumace, la démission… Sauf que les temps ont bien changé. Il est bien loin, l’époque où on fait de la politique par pure chevalerie, au nom de la veuve et de l’orphelin. Surtout s’il s’agit d’afficher la posture d’une alternative qui revendique le pouvoir. Les meetings, la présence médiatique, l’entretien des militants, la vie de parti, il faut plus que le sacerdoce pour assurer tout cela.

La réclame de l’application du statut de l’opposition voté depuis 2002 ne constitue donc pas un caprice de poltron. L’adversaire en face dispose, tout de même, du budget national tout entier : près de 700 milliards. La machine tourne à plein régime, à l’aide d’une batterie de ministres, d’une armada de conseillers, d’une cargaison d’élus divers, d’un appareil administratif entièrement conditionné. En comparaison, un cabinet, un véhicule de fonction, un salaire de ministre, une once de visibilité au sein du protocole d’Etat, le tout pour le chef de file de l’opposition apparaît obsolète. David face à Goliath.

L’intérêt des derniers développements de l’actualité n’est pas l’affichage public de Houngbédji en tant qu’alternative à Yayi Boni. C’est la posture du quémandeur des décrets d’application de loi portant statut de l’opposition qui frappe les esprits. On peut excuser ceux qui ont juré de ne jamais connaître l’opposition quel que soit le régime et quelles que peuvent être les orientations données à la marche du pays. Concept introduit par la génération des affairistes transformés en députés, ministres, diplomates ou élus locaux sous les règnes de l’ancien grand camarade.

Une excuse qui ne tient plus lorsqu’il s’agit de personnalités de l’envergure du locataire du palais d’Adjina (Porto-novo). L’opposition ne se défend pas uniquement lorsqu’on en a besoin. Nicéphore Soglo réclamait déjà la même chose en 1996 à la veille de son départ en rappelant à l’opinion publique nationale et internationale toutes les facilités qu’il avait accordées à son tombeur et prédécesseur alors qu’il aurait pu le passer à la potence pour tous les crimes commis sous son régime précédant le sien. La mouvance vainqueur de l’époque dont le N°2 n’était autre qu’un certain Adrien Houngbédji, premier ministre putatif, n’a répondu que par une mémorable raillerie.

Plus récemment encore, à l’occasion de l’opération de retour-surprise à la mouvance à la fin de règne de Kérékou en 2003, les tchoco-tchoco ont tout bonnement oublié que les statuts de l’opposition avaient besoin d’être restaurés. Ces différents soubresauts devraient logiquement inspirer toute la classe politique actuelle (s’il en existe encore une).

Eh oui ! L’opposition ne se défend pas uniquement lorsqu’on en a besoin !

Par Arimi Choubadé
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