L’État du Bénin qui complote contre sa presse indépendante...

mercredi 10 décembre 2014 par Arimi Choubadé

Le pays inventeur des transitions pacifiques et berceau du renouveau démocratique, où les anciens chefs d’Etat meurent dans leurs lits, de mort naturelle, eh oui, ce pays-là, ne reconnaît pas la corporation de la presse indépendante privée. Il ne s’agit pas d’une blague ou d’une boutade, encore moins d’une provocation. La presse indépendante privée n’existe pas en tant que corporation au Bénin. Ceci par une volonté manifeste de l’Etat béninois soutenue par les institutions républicaines. Un constat saugrenu vu la kyrielle de journaux, radios et télévisions privés qui meublent quotidiennement le paysage médiatique national depuis plusieurs années. Mais le vécu réel des femmes et des hommes qui animent la presse privée se déroule dans une totale méprise. Le tableau est digne d’une arène d’esclavage où la Caisse nationale de sécurité sociale est quasiment inconnue : pas de salaire, pas de retraite, pas de congés maladie, pas de plan de carrière pour la plupart des travailleurs, l’une des rares corporations au Bénin où le contrat de travail demeure un luxe réservé à quelques privilégiés.

Les travailleurs de la presse privée n’en sont pas là du fait d’une fatalité. Ils en sont à cette insultante précarité par la volonté de leur propre État. En effet, il y a un peu plus de 10 ans que le Directeur général du travail a savamment organisé le sabotage systématique de la représentativité syndicale dans ce secteur pourtant vital pour la démocratie ; en apposant sa signature sur un torchon pompeusement baptisé "convention collective" qui, en réalité, n’en est pas une. Le code du travail a clairement indiqué que ces genres de conventions sont des accords-parties entre des travailleurs représentés par leur "syndicat" (et non association loi 19001) et l’employeur ou un groupe d’employeurs. Mais le DGT a préféré un document entre deux ONG qui ne sont ni syndicat ni employeur au sens de la loi ; faisant ainsi de la presse privée indépendante béninoise la seule corporation du pays pratiquement interdite de dialogue social formel. Les quelques syndicats pourtant légalement constitués sont soigneusement marginalisés au profit d’un arrangement avec des associations inopérantes sur le terrain puisque dépourvues de toute légalité en matière du droit du travail.

Pour apprécier à sa juste dimension le cynisme de la stratégie gouvernementale, il suffit de s’imprégner du comportement du même DGT en ce qui concerne la presse du service public, celui placé sous la coupe réglée du pouvoir. En effet, que ce soit à l’Onip (La Nation), à l’ORTB ou à l’ABP, le code du travail est appliqué dans les règles de l’art. Chacune de ces entités disposent de sa convention collective en bas de laquelle le paraphe de l’Etat cohabite avec celui d’un syndicat affilié à une centrale et celui de l’employeur. Nulle part on n’y voit la trace de représentants d’Ong dites faîtières comme c’est le cas dans le secteur privé. Ce sont donc trois conventions collectives différentes qui régissent les travailleurs dans le secteur public tandis que la presse indépendante privée doit se contenter d’un seul document totalement désuet et dolosif. Ce qui plonge ce dernier secteur dans une insécurité sociale abjecte. Les effets de cette précarité pourraient être encore plus fatals dans quelques années lorsque les plus anciens n’auraient plus la force d’écumer les lieux de manifestation à la recherche du premier organisateur à qui faire les poches.

Bien qu’ils soient des travailleurs, journalistes, animateurs et autres acteurs de la presse indépendante sont inconnus au ministère du Travail, lieu légal de protection de tous les partenaires sociaux du pays. L’existence de deux syndicats au moins dans le milieu, tous affiliés à des centrales ne changent rien à la situation. Faudrait-il souligner à ce niveau le peu de cas que font les centrales syndicales concernées (Csa pour ce qui concerne Synapib et la Cstb pour le Synapromeb) du martyr de ces syndicats de base. Ces citoyens travailleurs sont ainsi exclus de la chaîne de solidarité nationale et ne doivent leur survie qu’aux rackets et autres expédients. Les employés vivent le même ostracisme que leurs employeurs livrés à eux-mêmes et traités comme de vulgaires commerçants de bric-à-brac. Inutile de chercher à connaître l’identité du bénéficiaire de cette fragilisation de la presse indépendante dans un pays de démocratie d’autant plus que cela permet au gouvernement de n’avoir en face de lui que des nécessiteux manipulables, à souhait, à coup de prébendes et de rentes.

Gouverner devient plus facile avec une presse indépendante réduite à la mendicité...

Par Arimi Choubadé
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