La deuxième disparition de Dangnivo ???

lundi 9 février 2015 par Arimi Choubadé

5 après sa disparition physique, c’est au tour de son histoire de disparaître. Plus de cadavre, plus d’Adn, plus de suspect, plus de procès à venir. Le procès à venir de Pierre Urbain Dangnivo se vide progressivement de sa substance avant même de commencer. Les juges n’auraient finalement qu’à condamner par contumace ou par défaut les présumés coupables lors des Assises. La faute à presque personne, le seul individu qui aurait pu figurer dans le box des accusés s’est fait la belle, mystérieusement, quelques jours avant la cour d’Assises à en croire le Garde des sceaux. Spectaculaire évasion de la prison la plus sécurisée du pays. Un prisonnier d’un genre particulier, très docile vis-à-vis de ses geôliers depuis 5 ans pour ne prendre la tangente qu’à la programmation de son passage devant les jurés. Des explications d’un Garde des Sceaux, lui aussi, après un long silence sur le dossier. La famille de ce haut fonctionnaire du ministère des Finances, ses amis, ses compatriotes peuvent déjà faire un deuil sur la vérité autour de cette affaire, du moins pour un moment encore.

Selon le dicton : "l’assassin tue toujours deux fois ; la deuxième fois par l’oubli". Il fallait faire disparaître Dangnivo une deuxième fois alors. La première fois sur son corps physique, rayé de la circulation depuis cette fatidique nuit d’août 2010. La deuxième fois en organisant l’amnésie collective autour. L’évasion du présumé assassin intervient suite à une série d’actes de destructions de preuves et d’indices pouvant conduire à la vérité. Déjà la représentation du cadavre exhumé à grand renfort de publicité dans le bidonville de Womey. Ce fut une manœuvre visant à passer de l’étape de la disparition à celle de l’assassinat. Ensuite l’épisode infructueux du test d’Adn sur fond de dénégations catégoriques des proches parents rejetant le corps exhumé de Womey comme étant celui du disparu. L’appel au secours adressé à la coopération allemande et française pour offrir chacune un médecin légiste à l’Etat béninois puis l’implication du clergé catholique et du médiateur de la République n’ont pu suffire à convaincre la famille que le processus de test d’Adn n’était pas une manipulation de plus.

Faute d’une version officielle sur le sujet, c’est par bribes décousues que l’opinion est conditionnée sur le cas Dangnivo, à l’aide de quelques coupures de presse. D’abord, la piste du cadavre controversé qui serait venue d’une prétendue auto-dénonciation. Ce fut le premier suspect que l’on avait annoncé pour mort en détention. Puis est entré en jeu, un autre guérisseur traditionnel arrêté à Ouidah, beau-frère d’un ancien baron des renseignements généraux à la retraite reconverti à la politique. Enfin une jeune femme sans défense dont le seul tort était d’avoir eu une liaison avec le disparu. De tous ces prétendus suspects, il ne reste que le seul sieur Alofa à qui il a fallu 5 années d’incarcération pour se soustraire également de la procédure à partir de la prison de haute sécurité de Missrété. Enfin le procès peut avoir lieu puisqu’il ne reste plus personne pour répondre de quoi que ce soit.

Le problème c’est que ce Dangnivo doit être un téméraire né. Chaque acte sensé le propulser dans l’oubli rend son cas encore plus présent dans les esprits de ses compatriotes. On se demande si le procès par défaut vers lequel on s’achemine suffirait à tirer un trait définitif sur le sujet. De plus en plus de gens se disent convaincus d’un dénouement conforme à la vérité après le départ des refondateurs. Pascal Todjinou pressent d’ailleurs qu’il serait toujours en vie, dès l’annonce de l’épisode de l’évasion suspecte du suspect présumé. Le climat actuel fait de malversations stratosphériques, de manipulations des masses, de blocage institutionnel et de forfaitures en cascade ne garantit pas la manifestation de la vérité dans ce dossier désormais emblématique de la décennie chaotique de Yayi. Apparemment, Dangnivo lui-même semble refuser de disparaître une deuxième fois voire définitivement dans l’esprit de ses compatriotes.

Un véritable dur à cuir, dur à faire disparaître !!!

Par Arimi Choubadé
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