Le mal était à la conférence nationale de 1990...

vendredi 20 février 2015 par Arimi Choubadé

Terre de ruine et de désespoir, c’est l’image qui se dégage aujourd’hui du lieu mythique de déroulement de la conférence nationale de février 1990, l’hôtel Plm Aledjo. Alors que les principaux acteurs de cette époque sont, presque tous, encore en vie, certains détenant encore de considérables pouvoirs au sein de l’appareil d’Etat. Comme si, ce lieu n’avait servi qu’à une vulgaire opération de manipulation de l’histoire et de l’opinion. Surtout lorsqu’on constate que 25 ans après, l’édifice Bénin présente les mêmes signes cliniques que ce fameux hôtel en détresse. Gouvernance en panne, système politique abject, impasse économique, démocratie constamment sur la braise. Pourtant l’autre pérorait, euphorique, lors de la clôture des travaux, que : "nous avons vaincu la fatalité". Heureusement que plusieurs acteurs de premier rang de cette époque sont demeurés aux commandes de l’appareil d’Etat depuis lors jusqu’à nos jours. Personne ne peut donc dire que la dérive observée actuellement serait l’apanage d’héritiers ayant mal géré un patrimoine légué par les anciens.

En d’autres termes, le mal semble confondu à l’historique assise elle-même ou plutôt en ses conclusions. Les dictateurs révolutionnaires de Cotonou, traumatisés par la fin tragique de l’ancien président roumain, Nicolae Ceauscecu et de son épouse avec qui ils étaient d’ailleurs en intelligence très poussée, à l’époque, devraient trouver une astuce pour se défaire du dangereux face-à-face qui les opposait aux activistes du Parti communiste dahoméen (PCD) sur le terrain. Un activisme nourri par un Benin en agonie où l’administration publique était paralysée, les écoles fermées, les banques en faillite, l’Etat en banqueroute et fortement endetté (plus de 600 milliards de CFA non dévalué). Plusieurs villes en ébullition. Cotonou en proie à des secousses sporadiques malgré la présence dissuasive de la garde prétorienne de 500 hommes puissamment armés et rompus à la protection du grand camarade dont le régime survivait grâce aux tortures et assassinats d’opposants.

C’est ainsi que, comme en Europe de l’Est post communiste, après la chute du mur de Berlin, l’idée de conférence nationale suivie de transition a été reprise par les dictateurs béninois. Tirant leçon des déboires de leurs parrains est-européens en débandade, les révolutionnaires béninois avaient l’avantage, cette fois-ci, de pouvoir être à la table des négociations et non en fuite ou traqués par des populations révoltées. A la fin des travaux, la dictature obtint effectivement plus qu’elle n’espérait : une absolution complète de tous ses crimes de sang et crimes économiques. La conférence nationale érigeait ainsi l’impunité en valeur supra-constitutionnelle. Les tortionnaires conservaient intacts tous leurs droits civiques et politiques, de même que tout ce qu’ils avaient volé dans les caisses de l’Etat durant la révolution sanguinaire. Un véritable butin de guerre qui devrait logiquement leur permettre de revenir en force aux commandes après le seul et unique mandat de 5 ans au cours de laquelle Soglo s’était chargé de renflouer le trésor public et de rétablir les grands équilibres économiques.

Pourquoi voudrait-on que Yayi ait peur de recevoir à la présidence de la République des Zémidjans (taxi-motos) habillés aux couleurs de son regroupement politique, Fcbe ? Pour pire que cela, tortionnaires et assassins ont été amnistiés, promus, célébrés et décorés. Ensuite, la conférence nationale a servi de moyen de promotion sociale et politique à la plupart des membres du présidium puis du Haut conseil de la République servant d’organe consultatif de la transition. Tous avaient été reversés, d’une manière ou d’une autre, dans les futures institutions d’après la transition. S’ouvrait ainsi en même temps que le renouveau démocratique, l’ère de l’affairisme, de la combine et des arrangements en vogue dans toutes les institutions d’aujourd’hui.

Le ver était dans le fruit...

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1429-le-mal-etait-a-la-conference.html

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?