Cotonou sans ses policiers ???

lundi 16 mars 2015 par Arimi Choubadé

Louer une chambre à Cotonou est devenu un luxe inaccessible pour tout policier moyen travaillant dans la même ville. Il ne s’agit pas d’une nouvelle boutade mais d’une incursion dans le vécu réel des agents commis à la sécurité des plus grandes villes du Bénin. Au moment où, pour des questions d’image et d’efficacité, les limiers de la sécurité envisagent de rendre les unités plus proches des populations, police de proximité paraît-il. Noble intention, mais la réalité est que le policier de Cotonou ne peut vivre dans Cotonou, du moins au cœur de la ville. Les prix des loyers qui y sont habituellement pratiqués sont visiblement hors de portée du policier ou d’un gendarme moyen. Ainsi, un agent de sécurité travaillant dans une unité au cœur de la ville portuaire ne peut vivre au milieu des bénéficiaires de ses services. En d’autres termes, la proximité à Cotonou ne peut se faire qu’avec des agents de sécurité habitant au moins 30 à 40 kms à la ronde, Calavi, Semè-Kpodji, Porto-Novo voire Ouidah.

Seuls quelques privilégiés au sein de la police et de la gendarmerie sont capables de s’offrir à Cotonou, un logis non loin de leur lieu de travail. Les héritiers peut-être, certains hauts gradés à revenu plus ou moins élevé que la moyenne ; mais pour la grande masse, se payer une chambre à louer et y vivre avec sa famille relève d’un caprice que ne pourraient supporter leurs maigres revenus. Il n’existe aucun système de casernement des agents pour pallier à cette situation. Ce qui expose les agents à des postures parfois très cocasses. Il est déjà arrivé de surprendre des agents épuisés et incapables de rallier leurs domiciles en train de squatter des lieux de garde de leurs autres collègues en faction devant des bâtiments administratifs, des banques ou des institutions financières. En clair, c’est avec des squatteurs que se projette la mise en place de la police de proximité notamment dans la plus grande ville du Bénin et probablement dans les autres grosses agglomérations.

Curieusement, le volet logement (casernement) apparaît très rarement dans les combats visant à l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents de sécurité publique. Reste à savoir ce qui pouvait s’améliorer dans la vie d’un policier ou d’un gendarme tant qu’il est contraint de dormir à la belle étoile plusieurs jours dans la semaine loin de son foyer ou de parcourir des dizaines de kilomètres par jour avant de rentrer lui. Aucun Béninois n’est scandalisé de constater que son État ne soit pas capable de loger décemment les agents chargés de la protection des citoyens. Apparemment, les expériences des cités policières où vivent les agents et leurs familles érigées en plein cœur d’Accra ou de Lagos n’ont pu inspirer les princes d’ici. Le ministre trouve normal que son garde du corps (policier, gendarme ou militaire) disparaisse dans la nature chaque soir sans que lui-même son utilisateur ne puisse se faire une idée sur l’endroit où il vit. Voilà le genre de sécurité qui aspire à être plus proche des individus.

Admettons que les gouvernements, les autorités civiles et l’Etat en général ne se préoccupent outre mesure de l’endroit où pourraient loger les agents de sécurité publique avec leur salaire de misère. Le plus inquiétant, par contre, est l’indifférence des hauts gradés de la police et de la gendarmerie sur l’état d’indigence de leurs collaborateurs. Ils sont conscients plus que toute autre personne que ce salaire n’autorise aucun de ces agents à se prendre une location décente dans Cotonou et à y scolariser leurs enfants tout en subvenant aux autres besoins du foyer. Cette réalité, les commissaires, inspecteurs et autres commandants de brigade de gendarmerie en ont une pleine conscience. Certains d’entre ces gradés ne sont d’ailleurs pas trop loin de cette vie d’indigents de banlieue éloignée pour loger les progénitures. A cette allure, ces policiers ne pourront connaitre la proximité que dans les banlieues éloignées.

Police de proximité ou police de banlieue ???

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1438-cotonou-sans-ses-policiers.html

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