Le Nigeria dispose d’un financement légal des partis, le Bénin ne l’a pas...

vendredi 3 avril 2015 par Arimi Choubadé

Même les Béninois seraient bouche bée face au "pacifisme" du scrutin présidentiel au Nigeria. Selon une mystérieuse prédiction, le grand voisin de l’Est devrait être emporté par les flots d’un déluge à l’issue de l’élection présidentielle de mars 2015. Beaucoup de fantasme pour rien puisque depuis 1999, le Nigeria a renoué avec les élections démocratiques avec une présidentielle tous les 4 ans. Obasanjo a gagné les présidentielles de 1999 et de 2003 ; Yar Adoua en 2007 avant son décès en 2010 ; puis Goodluck en 2011 après avoir achevé le reste du mandat de son prédécesseur. Jamais il n’a été question, en ces moments-là, de troubles significatifs au point de justifier les analyses alarmistes sur l’Etat fédéral du Nigeria. Ce ne peut donc être en 2015 où le processus électoral a connu un bon qualitatif indéniable avec l’introduction du vote électronique à l’instar des pays de vieille tradition démocratique que le pire pourrait survenir. La superpuissance continentale s’est donc assumée avec la manière.

Les vendeurs de peur avaient certainement misé sur l’activisme d’un excité, fou de Dieu pour prédire le chaos. A la fin de règne d’Obasanjo, la prédiction avait déjà annoncé des lendemains de feu et de sang avec la rébellion du Mouvement d’émancipation du Delta du Niger (le Mend). Mais, comme tout groupe mafieux, le Mend a connu son cycle de vie et a dû disparaître grâce à une répression militaire sans merci. La fédération du Nigeria qui connait la cohabitation plus ou moins paisible de près de 180 millions de personnes ne saurait être menacée de disparition sous les coups de boutoirs de quelques attardés manipulés par des barbouzes en quête de zone d’instabilité en Afrique. Avec ou sans Shekau et son Boko Haram la terre n’a pas tremblé malgré la brillante élection de Mouhammadou Buhari.

Mais ce dont on ne parle pas assez, c’est la grande mutation de la classe politique nigériane. Un système partisan très dynamique et assez professionnalisé grâce à un financement légal des partis. Après quelques débuts tumultueux, la vie publique du pays s’est finalement stabilisée autour de deux grands partis, le Pdp et le Npc. L’un en alternative à l’autre, chacun doté d’une armée de cadres, de militants, d’experts investis dans la réflexion globale du développement du pays. Ce financement légal a permis d’éviter à l’un ou l’autre de ces grands partis de devenir un instrument aux mains d’un individu, d’un aventurier voire d’un intrus avide du pouvoir d’Etat. Obasanjo en sait quelque chose, lui, qui a vu ses tentatives de réviser la constitution en vue de sauter le verrou de la limitation des mandats annihilées par son vice président de l’époque, Attikou Aboubakar. Goodluck a subi le même sort avec une farouche opposition menée par le sénateur Uche Chukwumerije.

En prime à ce système partisan responsable et mature, le Nigeria s’offre même un vote électronique et un message de félicitation du vaincu à son challenger dès le lendemain du vote. Pendant que les Béninois peinent à se doter d’un fichier électoral digne de ce nom et qu’à trois semaines du scrutin les électeurs ne soient toujours pas en possession de leurs cartes d’électeurs. Le système partisan béninois est si médiocre (selon le chef de l’Etat béninois lui même) parce que nourri à la corruption, à la malfaisance, aux détournements et à l’argent d’origine inconnu des citoyens ; un système nourri donc avec de l’argent informel voire mafieux. L’extase face à un autre système aussi performant, transparent et organisé juste à nos frontières nous renvoie à nos égarements internes bien qu’ayant été les précurseurs de la démocratie sur tout le continent.

Pour ressembler au Nigeria il suffit de faire comme lui : financement légal de la politique....

Par Arimi Choubadé
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