Soglo après la Marina... Soglo après Wologuèdè...

vendredi 10 avril 2015 par Arimi Choubadé

Il était déjà dans la vie après le pouvoir d’Etat. Bientôt ce serait la vie après le pouvoir municipal. Lorsque Nicéphore Soglo s’était porté devant Yayi, il y a quelques mois, pour lui rappeler sa fin de mandat (06 avril 2016), on avait cru à une vilaine blague du patriarche à l’endroit de son filleule politique avec qui il était en rupture consommée. Il était allé au palais entretenir le chef de l’Etat sur "la vie après le pouvoir". Pour ensuite donner un longue interview dans laquelle il évoquait son combat pour l’après-Yayi. Déçu des performances de son ancien poulain devenu president de la République comme lui, Nicéphore Soglo avait annoncé la nouvelle alternance avec une ferveur déconcertante. On était loin de se douter que l’homme, lui-même, mijotait une nouvelle vie, celle après Wologuèdè, après celle de la Marina. Aux dernières nouvelles, en effet, Nicéphore Soglo ne se représente plus pour les municipales d’avril 2015. Une autre page en voie d’être tourné.

C’est là que résonne davantage la célèbre boutade adressée à Yayi : "il y a une vie après le pouvoir...". Une sorte d’exhortation afin que l’intéressé puisse déjà songer à son bilan des deux mandats passés à la tête du pays. Mais également une sorte de transition porteuse d’un message sublime à l’endroit de celui qui prendrait les rennes du pays dès avril 2015. En résumé, il réclamait le bilan à Yayi puis la vérité à son successeur. Ce dernier est invité avec insistance, à son entrée en fonction, à choisir le langage de vérité avec le peuple en lui révélant l’effectivité de la situation économique et sociale du pays. Soglo a prédit la fatalité pour le successeur du Yayi au cas où celui-ci choisirait la solution du mensonge et de la dissimulation des réels problèmes de la nation. Parole d’un sage à un président en exercice qu’il a tenté sans succès d’accompagner dans sa mission, mais, également au futur president face à ses nouvelles responsabilités.

Et puis la vie après le pouvoir, Soglo sait de quoi il s’agit. A son départ de la Marina en 1996, il s’est déclaré premier opposant à son successeur Mathieu Kérékou. Son wagon de 27 députés (record absolu sous le renouveau démocratique) en 1999 avait marqué les esprits. Puis les élections présidentielles "tripatouillées" de 2001 ont fini par ancrer davantage les houézèhouès dans l’adversité à un régime qui ne cachait plus sa volonté de revanche vis à vis de plusieurs acquis de la conférence nationale. Les anciens tortionnaires reconvertis de fraîche date à la démocratie ne supportaient plus de voir leurs successeurs réussir là où ils ont lamentablement échoué : reprise du travail dans l’administration, croissance économique, rétablissement des équilibres macroéconomiques, relance de filière coton, retour massif des partenaires au développement... A l’aide de leur butin amassé sous la période de la terreur, des assassinats et des tortures d’opposant, les anciens tortionnaires ont fini par mettre un terme à cette résurrection d’un peuple meurtri en se donnant une nouvelle légitimité. Les lois d’amnistie leur garantissaient une impunité à vie malgré leurs crimes passés.

La vie après la Marina s’est poursuivit jusqu’à Wologuèdè à l’issue des premières municipales de l’ère du renouveau démocratique en 2002-2003. Nicéphore Soglo s’est installé aux commandes de la plus grande ville du Bénin. Là aussi un lourd héritage à gérer pour le prochain maire. Cotonou avec ses maigres moyens s’est frayé une forte image dans le concert des villes du continent grâce à son maire VIP. A lui tout seul, il pouvait incarner une crédibilité incontestable. Les inconditionnels du président-maire, par contre, n’ont rien à craindre pour la énième vie de leur idole. L’ancien fonctionnaire, ancien ministre, ancien administrateur de la Banque Mondiale, ancien président de la République, prochainement ancien maire de Cotonou est loin d’être à court de motivation : renaissance de l’homme noir, contribution des anciens chef d’Etat aux programmes de redressement de l’Afrique, devoir de mémoire, réhabilitation des victimes des violences politiques au Bénin... Plus qu’une vie de pasteur...

Soglo, lui, n’est pas fini...

Par Arimi Choubadé
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