Il était une fois, Yayi proche de la Haute cour de justice...

mercredi 15 avril 2015 par Arimi Choubadé

Par un petit matin de juillet 2010, les chefs d’Etat en partance pour Porto- Novo, invités aux festivités marquant le cinquantenaire de l’accession du Bénin à l’indépendance, apprennent sur Rfi que leur hôte aurait des démêlés avec la justice de son pays. Près d’une cinquantaine de députés avaient apposé leurs signatures sur une demande de traduction du chef de l’Etat devant la Haute cour de justice. Motif évoqué : complicité active dans la vaste escroquerie des faux placements d’argent. Selon un terrifiant rapport de la Banque mondiale, près de 156 milliards CFA ont été frauduleusement soutirés des ménages par des gens couverts par le sommet de l’Etat. Toute l’épargne locale bâtie sur des décennies de labeur, de génération en génération partie ainsi en fumée, en un tournemain, vers des destinations inconnues. De faux placeurs avaient fait miroiter aux populations de mirobolants taux d’intérêt, le tout avec la condescendance de l’Etat en ses représentants au sommet, de la police, de la gendarmerie et de l’armée nationale.

5 ans après, les dizaines de milliards de FCFA demeurent toujours introuvables. Une procédure abracadabrantesque retient quelques barons dans les liens de la prévention sans procès. Les arrestations et les libérations obéissent à des fantasmes juridico-politiques dont seuls les gourous de la refondation détiennent les mécanismes. Les victimes quant à elles poursuivent leur chemin de la croix en toute indifférence. Interdites dans un premier temps de manifester la moindre envie de se faire rembourser voire de se constituer en association, elles ont fini par obtenir une vague promesse de remboursement de la part du chef de l’Etat alors candidat à sa propre succession en 2011. Depuis, elles doivent continuer de broyer du noir face à l’enlisement du processus de liquidation des biens saisis auprès de quelques responsables des faux placements d’argent. En attendant les campagnes d’enregistrement onéreux pour les victimes se succèdent sans aucun espoir d’un dénouement imminent.

Revenons, à la tentative de traduction du chef de l’Etat devant la Haute cour de justice. De nombreux Béninois y avaient vu enfin la mise à l’épreuve de la volonté maintes fois renouvelées du chef de l’Etat de lutter contre la corruption. Un phénomène contre lequel il a même organisé une marche en 2006. Pendant que ses compatriotes l’attendaient devant les hauts juges de Porto-Novo, pour la défense de son honneur éprouvé, c’est du côté du domicile de la doyenne d’âge du parlement, l’honorable Rosine Vieyra Soglo qu’il s’est fait remarquer. La pauvre vieille dit ne pas en croire ses oreilles lorsqu’elle entendit le chef de l’Etat menacer de cogner les députés et de mettre le pays à feu et à sang. La brave dame l’a répété en plein hémicycle en citant de nombreux témoins dont plusieurs membres du gouvernement sans jamais être contredite. Un an plus tard, ce furent les K.O aux élections présidentielle et législatives suite à une marche forcée pour la réalisation de la Lépi Bako bâclée. Fusils, matraques, répressions tous azimuts de contestataires dans les rues, arrestations d’un député, agression policière sauvage sur un journaliste, tout y passe. Du feu et du sang vraiment, comme le Bénin du renouveau n’en avait jamais connu auparavant.

Plusieurs années après, le chef de l’Etat n’a toujours pas daigné accepter sa comparution devant les juges. Pourtant les reproches qui lui sont faits ne sont pas exempt de pertinence. En effet, les faux placeurs d’argent ont été reçu à plusieurs reprises au palais de la Marina devant les caméras. Certains membres du réseau s’illustraient par des manifestations à la gloire du régime, honorés par des ministres, des députés, des hauts responsables agissant pour le compte du chef de l’Etat. Ce dernier a même été vu au siège de la vaste escroquerie à Calavi. Son ancien ministre de l’Intérieur affirme dans un mémorandum avoir connu le gourou de l’arnaque au domicile du chef de l’Etat. Ce fut pour toutes ces raisons que la cinquantaine de députés voulaient faire le débat devant la Haute cour de justice. Mais le refus du prince fut total. Un symbole flagrant de l’entrave à la lutte contre la corruption à l’origine de la grande impunité qui règne dans l’appareil d’Etat depuis lors. Un gigantesque fossé donc entre les actes et la parole. Et puis, avec le retour annoncé des Yahouédéhou et consorts au palais des gouverneurs, la Haute cour de justice pourrait se rapprocher à nouveau du docteur-président.

On a naïvement cru que l’exemple viendrait du haut de la refondation...

Par Arimi Choubadé
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