Le ras-le-bol à la béninoise...

mercredi 6 mai 2015 par Arimi Choubadé

Cotonou enflammé, des barrages partout, des jeunes en transe, une police dépassée ; à la fin quelques dégâts matériels, des jets de pierre contre grenades lacrymogènes, quelques blessés légers, et... 0 mort. Juste le message de dépit et de dégoût à un régime aux abois. Le rappel que la démocratie est la plus grande richesse du Bénin et qu’aucun chef d’Etat ne devrait fouler au pied les libertés des citoyens. Au-delà du zèle de l’appareil judiciaire, ce fut un ras-le-bol généralisé face à un gouvernement en panne d’inspiration surfant sur les polémiques, les règlements de compte, les intrigues et les scandales au sommet de l’Etat. Un gouvernement qui manque de solution à tous les grands problèmes de la nation : chômage, délestage, grèves des travailleurs, enclavement des départements faute de routes praticables, explosion des prix des denrées de base. Dans ce contexte, le désir du prince de se venger d’un impertinent opposant apparaît aussitôt comme le rubicond à ne pas franchir.

Au-delà de s’insurger contre le fait d’envoyer la soldatesque au domicile du député Candide Azannaï, plusieurs enseignements sont à retenir. Le premier est l’attachement du Béninois à la préservation de la paix. Malgré les scènes insurrectionnelles qui ont duré toute la journée du lundi 04 mai 2015 dans la ville de Cotonou et environs, aucun décès n’a été enregistré. Il n’y a qu’au Bénin qu’un soulèvement de cette envergure ne puisse dégénérer en tueries sauvages ou en bavures sanglantes. On a retrouvé le pays qui a connu plus d’une dizaine de coups d’Etat sans effusion de sang ; où les anciens chefs d’Etat meurent dans leurs lits de mort naturelle ; où une dictature a été boutée du pouvoir sans qu’aucun coup de feu ne soit tiré. A l’exception de la tristement célèbre période révolutionnaire fatale à de nombreux compatriotes torturés, assassinés ou exilés, le débat public est toujours resté très attaché à la sacralité de la vie humaine.

Autre enseignement, c’est le respect des symboles de la République. En attendant de pouvoir éclaircir les conditions dans lesquelles un camion des sapeurs pompiers négligemment abandonné a pris feu, on a été surpris d’entendre des manifestants entonner l’hymne national. A aucun moment, il n’a été question de mettre un terme à l’ordre républicain ou d’interrompre l’ordre constitutionnel. Il s’agissait juste d’une "soudaine" colère, d’un rappel à l’ordre à la limite d’une bruyante veille citoyenne. Aucun des jeunes en furie n’a oublié que le Bénin est engagé depuis 1990 dans une ère de renouveau ; que le régime en place est issu d’une élection plus ou moins démocratique ; que tout le monde a intérêt que le mandat aille à son terme, c’est à dire le 06 avril 2016. Une sorte de pacte sacré autour de la préservation de l’Etat de droit et de la démocratie. Ailleurs, on aurait tout détruit, tué, pillé puis débouché sur un aventurisme populeux.

Un pied de nez enfin à tous les exaltés qui se plaignaient régulièrement de l’apathie supposée du peuple béninois. Curieusement discrets, pour la plupart, le jour d’effervescence, ces derniers ont néanmoins reçu la preuve que le peuple du Bénin sait jusqu’où il ne faut pas aller même en face des dérives autocratiques. C’est le lieu de rappeler que les Béninois n’avaient eu besoin de personne avant d’allumer en 1990 la démocratisation de tout le continent africain en mettant fin, sans violence, à une dictature militaro-marxiste. Ces mêmes Béninois qui n’ont jamais oublié que malgré les extravagances du régime, l’essentiel demeure la préservation de la paix et du système démocratique. Ils avaient le choix entre d’une part embraser tout le pays et d’autre part se limiter à un simple avertissement au refondateur en chef. Le message est passé, mais le Bénin reste debout, les yeux fixés sur le changement de régime bientôt, en 2016.

Cela ne peut se passer nulle part ailleurs qu’au Bénin...

Par Arimi Choubadé
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