Yayi et les procurations...

vendredi 15 mai 2015 par Arimi Choubadé

Une histoire passionnelle et fusionnelle au cœur de la stratégie politique de la Marina depuis l’arrivée de l’actuel locataire en 2006. Elle s’est révélée en grandeur nature à l’occasion de la consécration du professeur Mathurin Coffi Nago au perchoir du parlement en 2007. Grâce à un effort d’archive du syndicaliste Jacques Ayadji, les internautes peuvent revisiter l’indignité érigée en méthode de conquête du pouvoir par les refondateurs. Il s’agit de "révélations" du désormais ex-ministre de l’Energie et de l’Eau, Barthélemy Kassa : « …Il faut dire la vérité au peuple. Nous savons très bien comment le Professeur Mathurin Nago, est devenu président de l’Assemblée nationale. La première fois, c’était avec 17 procurations. Pour la deuxième fois, on nous a enfermé à Lokossa. Moi-même j’étais candidat. On nous a retiré nos procurations et on nous a interdit d’aller à l’Assemblée nationale ». C’était au plus fort de la croisade contre l’impertinence de Nago qui avait osé défier le grand chef. Il fallait montrer que le petit chef pin-pan du parlement n’était rien d’autre qu’une fabrication de Yayi, au prix de ruse, de séquestrations, de dol voire de corruption.

Ce fut le péché fondateur de la puissance de Yayi-président. L’acte un de la marche vers l’Opa sur toutes les autres institutions du pays. Nago sous procuration, cela ouvrait la voie à la mise sous coupe réglée des 4 représentants du parlement à la Cour constitutionnelle en plus des 3 désignés par le chef de l’Etat lui-même. Du coup, la Haute Cour de justice reçoit 6 sages (à l’exception du président) ajoutés aux représentants de la majorité présidentielle. Yayi pouvait ainsi s’assurer d’une forte présence à la haute juridiction. Depuis, pas une élection, une désignation de bureau d’association, une consultation corporatiste dans le pays sans procurations à profusion. Même les législatives n’y ont pas échappé. Nicaise Fagnon est toujours groggy par la faute des 10 mille procurations déversées dans la 9ème circonscription électorale. Toute légitimité acquise par des urnes repose désormais sur cette grossière triche.

La refondation retrouve donc sa marque déposée en prélude à l’installation de la 7eme législature. Malgré sa minorité congrue de 33 députés estampillés Fcbe, le docteur-président sonde, promet, négocie, simule. En dehors de deux petites alliances de 2 députés chacun comme alliées circonstancielles, le camp Yayi ne peut que débaucher chez les autres. D’où les bruissements de billets de banque, les enchères à propos des portefeuilles et des promesses de toute sorte. Ceux qui pensaient que Yayi allait tirer leçon du rejet de ses candidats en adoptant le profile bas se sont largement trompés. La corruption est de nouveau au rendez-vous comme en 2007 puis en 2011 tel que relaté par l’ancien ministre Kassa. Le challenge de la Marina est de trouver les arguments sonnants et trébuchants capables de briser l’armure de l’entente sacrée des opposants autour d’un candidat unique au poste du perchoir.

Mais ce qui est rageant dans cette affaire, c’est l’indolence généralisée au sein des acteurs de la vie publique à propos de la corruption. Ils ont attendu la veille de l’installation de la 7eme législature pour se rappeler subitement des procurations qui leur ont pourtant fait beaucoup de mal par le passé. Le pathétisme de l’Ong Alcrer se plaignant de l’abus des procurations n’aurait pas échappé aux Beninois. Martin Assogba vivait au Bénin au temps des 17 procurations pour élire Nago en 2007. Il était toujours là lors du remake de 2011. Mais il ne lui est jamais arrivé de songer à faire pendre les mesures nécessaires pour conjurer le mal. Même apathie des acteurs politiques qui laissent perdurer la nuisance de l’argent sale en leur sein avant de feindre d’en découvrir les nuisances une fois devant l’impasse. C’est à espérer que l’épisode du dernier baroud d’honneur de Yayi servirait de motivation à la prise des lois d’assainissement de la vie partisane. Faudrait pas nous remettre la musique dans 4 ans.

Les électeurs parlent, les procurations décident...

Par Arimi Choubadé
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