La doyenne d’âge n’avait pas de prix...

vendredi 22 mai 2015 par Arimi Choubadé

"Maman" était là. Heureusement d’ailleurs pour les électeurs du 26 avril 2015. Eux qui avaient massivement dit "non" à toute perspective de 3ème mandat et de révision de la constitution en se rendant aux urnes ce jour-là. Le rappel des ministres en fonction, de Directeurs généraux de sociétés d’Etat, de roitelets, de Directeurs des ressources financières et matérielles (Drfm) de plusieurs ministères et autres régisseurs de projets n’avait pu sauver la refondation. Les ballades désespérées de l’hélicoptère présidentiel destinées à influer sur le cours des choses n’ont servi qu’à enfoncer davantage plusieurs candidats du pouvoir. Les moyens de l’Etat y compris certainement l’argent de l’eau potable n’avaient jamais autant souffert pour des fins électoralistes. Et comme cela ne suffisait pas, le 20 mai à Porto-Novo, le palais des gouverneurs a été littéralement pris d’assaut par la redoutable machine de falsification de la volonté populaire lors de l’élection du bureau du parlement.

Signe qui ne trompe pas, l’élan du président Adrien Houngbédji vers le perchoir pour aller congratuler la doyenne d’âge juste à la proclamation de sa victoire sur l’argentier national. Les vainqueurs sont conscients de leur reconnaissance à cette vieille dame, 84 ans, presque aveugle, dont l’assiduité et la contribution aux débats parlementaires sont de notoriété publique depuis 6 législatures (de 1995 à nos jours). Les acheteurs d’élus avaient peut-être sous-estimé sa capacité de fidélité à ses idéaux de base. N’était-elle pas déjà la doyenne en 2007 puis en 2011 lorsque les mallettes, les procurations, les chantages, les séquestrations de députés mais surtout les injonctions de la Cour constitutionnelle (encore elle ?) ont dicté leur loi ? C’est vrai qu’en 2007, tout avait été réglé loin de l’hémicycle. La tristement célèbre allégeance des 13 conjurés (géniteur du G13 à l’époque) fut enregistrée dans un hôtel à Cotonou loin du palais des gouverneurs. En 2011 les K.O. électoraux ont été prononcés nuitamment depuis le siège de la Cour constitutionnelle par un certain Robert Dossou.

Le 20 mai 2015 était donc la première fois que l’arrogance a décidé de faire front avec la doyenne d’âge. Cette fois-ci, forte de ses rapines acquises sur le dos du contribuable, la refondation a choisi de venir achever à l’intérieur même du palais des gouverneurs les cachoteries commencées quelques jours plus tôt depuis le conclave des débauchages-spectacles de Parakou. En présence de dame Rosine Vieyra Soglo, l’incontournable "Maman" depuis 6 législatures. Au sortir de l’épique nuit du 20 mai, les refondateurs l’ont appris à leurs dépens. Le perchoir leur a filé sous le nez à une voix près. Débauchages, procurations, guerre psychologique, chantage, il y en a eu. Mais ils n’ont pu prospérer parce qu’il y avait dans la maison plus qu’une icône, l’un des derniers bastions de ce qui reste des valeurs de la République. Une personnalité inaccessible aux porteurs de mallettes. Elle les avait déjà mis en garde dès l’installation de la 7ème législature le 16 mai à travers un virulent réquisitoire contre le détournement des fonds destinés à lutter contre la pauvreté, la corruption au sommet de l’Etat, les "affameurs" du peuple.

Le "vi nan wa gbè" (du Fongbé "l’enfant se rebellera un jour") a retenti au-delà des murs du Palais des Gouverneurs de Porto-Novo. Mais en attendant la révolte de l’enfant, "Maman" elle-même s’est dressée sur le chemin de l’imposture. Il ne sera pas dit, qu’au nez et à la barbe de toutes les compétences avérées de la 7ème législature, parfois témoins privilégiés de l’historique conférence nationale des forces vives, la refondation a fait élire un blanc-bec dont le mérite électoral est d’avoir mené campagne en décapotable comme un chef d’Etat à la tête d’un cortège impressionnant de véhicules de luxe dans une localité comptant parmi les plus pauvre du pays. Entre le charisme obtenu grâce à une réputation de distributeur de billets de banque et celui d’homme d’Etat (à en croire le témoignage de Yayi lui-même sur Adrien Hougbédji), la vieille a tranché.

"Maman ko gbè"...
(Maman a déjà dit non)

Par Arimi Choubadé
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