Lui, c’était Yves Trougnin, photojournaliste tout simplement...

lundi 1er juin 2015 par Arimi Choubadé

Il ne revendiquait rien d’autre que d’être Yves Trougnin, photojournaliste. Depuis 2006, certains lui attribuent le titre de photographe du président de la République. Mais lui-même n’avait rien de présidentiel. Le seul qui a gardé le même numéro de téléphone, les mêmes amis, le même train de vie et la même passion, celle de lire l’actualité à travers l’œil dans le viseur d’un appareil photo après 9 années passées à la Marina. Il était presque hors d’atteinte de la course à la mondanité très prisée dans les cercles présidentiels. Lui, il était photographe ; pas chasseur de maîtresses, de voitures, de marchés publics gré à gré, de scandales, de villas ou d’excentricité. On se demandait s’il faisait la différence entre les lambris dorés des palaces présidentiels où il exerçait de plus en plus souvent et les cabarets vétustes où il aimait retrouver la chaleur de ses amis. Ne vivant que pour sa profession, Yves ne pouvait pas se confondre à tous les parvenus hantant les couloirs de la Marina à la recherche de promotion et de légitimité extra professionnelle.

C’est vrai qu’il n’appartenait plus vraiment à la presse béninoise qu’il a servie des années durant. Sa légendaire fidélité ne lui permettait pas le moindre flirt. Personnellement je ne lui connais qu’un seul patron, Charles Toko qu’il servait à Le Matinal avant que ce dernier ne l’embarque pour l’aventure aux côtés d’un certain Yayi Boni devenu son deuxième patron depuis 2006 jusqu’à sa mort le 30 mai 2015. Un parcours qui résume le caractère de l’homme, sans sulfure, frasque, aspérité et presque sans histoire. Du moins, c’est l’image qu’il laisse auprès des confrères qui l’ont côtoyé au cours de sa courte existence commencée en 1968. 47 ans n’est pas l’âge où on peut imaginer voir partir quelqu’un comme Yves Trougnin qui semblait avoir encore de l’amitié à partager, il y a peu. S’il est d’ailleurs resté aussi longtemps auprès de l’orageux locataire de la Marina,c’est que le monsieur savait dompter les cœurs.

Peut-être que cette fois-ci, à l’occasion de ce décès, il y aurait, au sein de l’opinion, moins de conjectures sur les conditions de vie et de travail des hommes des médias. Yves ne trainait certainement pas des ordonnances médicales impayées ou ne courait pas après une prise en charge médicale improbable à l’instar de certains de ces collègues décédés dans un dénuement exceptionnel. Mon confrère Léonce Houngbadji se fait d’ailleurs le devoir de rappeler à qui veut l’entendre que le chef de l’Etat aurait déjà "personnellement" payé pour l’évacuation de son brillant photographe sur l’Afrique du Sud dès le lundi 1er juin 2015. Il lui suffisait de résister à la maladie encore quelques jours pour obtenir de meilleures chances de vaincre ce mal dont les dessous demeurent une énigme pour le grand public. Rien à voir cependant avec ses anciens collègues qu’il a quittés dans la presse privée et qui continuent de "tirer le diable par la queue" à chaque fièvre ou quinte de toux.

Malgré sa parfaite connaissance du milieu journalistique et ses amitiés solides au sein des rédactions, Yves ne s’est jamais mué en propagandiste en quête de titres ronflants à la gloire du prince. Il ne rechignait pas à filer une photo d’un événement à un confrère qui le demande dans un simple esprit de collaboration. On peut donc logiquement lui dire merci d’avoir honoré sa profession d’origine, de ne pas l’avoir souillée sur l’autel de l’émergence ou de la refondation contre prébendes et promesses une fois passé dans ce monde d’affairisme, de corruption, de passes-droits et de combines. Il se sent peut-être en phase avec les cauris dont il chasse les images depuis 9 ans mais on ne lui reconnaît pas de déviances opportunistes dont ils ont le secret à la Marina. L’essentiel est que Yves Trougnin photojournaliste de Le Matinal soit resté le même Yves Trougnin même devenu photographe du chef de l’Etat.

Merci d’avoir fait honneur à ton origine, la presse...

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1468-lui-c-etait-yves-trougnin.html

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?