Houngbédji a parlé...

mercredi 17 juin 2015 par Arimi Choubadé

La classe politique béninoise et les "télécommandes". Après l’allégorie du "parlement à géométrie variable" lors de la première législature (1991-1995), Adrien Houngbédji récidive avec celle des "télécommandes" à l’occasion de son discours d’investiture le 15 juin 2015. Allusion cette fois-ci aux deux pôles financiers qui régentent les alliances et les positionnements au sein de la classe politique béninoise depuis quelques années. Les initiés y voient directement deux hommes, l’homme d’affaires Patrice Talon et le chef de l’Etat, Yayi BONI. Le premier, autrefois, bras financier du second notamment lors de la présidentielle de 2006 puis des K.O électoraux de 2011 avant que les deux ne deviennent des ennemis jurés à la suite des rixes politico-mafieuses autour du sulfureux contrat sur le Programme de vérification des importations (Pvi). Désormais les anciens comparses, rivalisent en espèces sonnantes et trébuchantes, pour s’assurer le contrôle d’une partie de la classe politique, chacun de son côté, devenant ainsi des "télécommandes" agissant sur des acteurs politiques acquis à l’un ou l’autre protagoniste.

Cette fois-ci, il ne s’agit plus d’élucubrations de moralistes passionnés sans envergure ou d’impertinents écrivaillons en quête de provocation. Contrairement à un saut d’humeur passager, le cri d’alarme est solennellement porté par la deuxième personnalité de l’Etat. Surtout que depuis 2012, le chef de l’Etat disait des institutions de la République qu’elles sont toutes "mouillées" pour ne pas dire corrompues, sans nul doute, par l’argent des télécommandes. Il est revenu à la charge plus tard pour traiter toute la classe politique de "médiocre" y compris lui-même. Si ce n’est l’aveu d’une télécommande, cela y ressemble étrangement. En d’autres termes, la corruption semble être devenu le principal mode de financement de l’activité politique au Bénin. Des chuchotements et des rumeurs, on est passé à des dénonciations publiques au sommet de l’Etat. Reste enfin le passage à l’acte pour enrayer le phénomène. Houngbédji propose donc des réformes parlementaires c’est à dire entre autres mesures une législation sur le financement public des partis politiques comme cela se fait dans toutes les démocraties modernes. Chiche !

Pour le moment, le péril est toujours là, imparable, insaisissable. L’influence des télécommandes régente tout au risque de perturber l’expression populaire issue des urnes. Mais personne jusque-là pour nous dire pour combien de temps encore la démocratie au Bénin devrait supporter les nuisances de ce duo malfaisant. Le discours d’investiture de Houngbédji dénie, en effet, toute vertu aux télécommandes. Et pourtant elles conservent toujours toutes leurs capacités corruptrices respectives. Jusqu’à quand ? Tout dépend de la célérité de la réponse à apporter. Personne n’a pu enrayer le phénomène lors des élections de 2015 à savoir les législatives et municipales. Bien que le mal est, à présent, identifié, il risque malheureusement d’infester la prochaine présidentielle. Il n’y a donc aucune excuse à laisser le prochain président de la République se faire élire grâce aux télécommandes du fait de l’apathie des réformes annoncées.

Néanmoins, le discours du Houngbédji demeure un acte solitaire d’un député parmi 83 autres malgré sa solennité et la présence de plusieurs délégations parlementaires étrangères et du corps diplomatique accrédité au Bénin. Peut-être avec le soutien acquis des 9 autres députés de son parti, le Prd. Or, il faut davantage pour faire aboutir un chantier législatif de cette envergure en quelques mois ; afin d’éviter qu’en lieu et place d’une présidentielle en 2016, les Béninois n’aient droit à nouveau à une vulgaire compétition entre corrupteurs. Le temps joue donc contre la démocratie. Sans oublier que la législation sur le financement des partis politiques ne saurait prospérer sur une simple initiative parlementaire. La loi exige que le député initiateur du texte propose des ressources additionnelles pour accompagner la création de nouvelles dépenses en l’occurrence le financement des partis dans le cas d’espèce. Il revient donc au gouvernement de prendre sa part dans cette lutte contre les téléguidages non vertueux de la classe politique.

2016 n’est plus loin...

Par Arimi Choubadé
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