Candidats du nord, candidats du sud, le Bénin vous emmerde...

lundi 6 juillet 2015 par Arimi Choubadé

Un présidentiable par ethnie, par hameau, par commune, par arrondissement voire par famille. La cuvée 2016 s’emballe dans un nombrilisme sans précédent où l’identitaire supplante toute autre considération. Le seul projet valable, c’est la tribu d’origine. Les plus malins essayent de repousser leur emprise sur des limites plus étendues en évoquant le bloc du sud contre celui du nord. Transformant le territoire béninois en une sorte de damier contrôlé par des manipulateurs de pions bloc contre bloc, ethnie contre ethnie, région contre région. A défaut de combats des programmes, les Béninois s’acheminent à assister à une exacerbation très poussée du régionalisme lors de la course à la Marina en 2016 aux relents de corruption. On dirait un concours de corrupteurs en lieu et place des élections présidentielles. La conception du pouvoir basée sur la théorie des "siens du Bénin profond" contre les autres héritée de la gouvernance Yayi n’est pas pour favoriser les choses.

Bien évidemment, la guerre des télécommandes n’a pas échappé à ce régionalisme ambiant sur la cité. Par crainte d’être confronté à une union du sud autour d’un certain Patrice Talon avec l’annonce insidieuse de sa probable candidature en 2016, la Marina est allée chercher du soutien à l’Elysée à travers un premier ministre en quête d’une assimilation locale au sud précisément. Les efforts de communication axés sur le look vestimentaire en disent long sur les préoccupations identitaires du franco-béninois (ou benino-français) fraîchement promu N°2 du gouvernement. Petit bémol, toutes les télécommandes feignent d’ignorer le "lotissement" électoral très ancré dans cette partie du pays depuis près de 25 ans. L’une misant sur ses milliards et l’autre sur l’influence de la françafrique. Or, règnent déjà en maître du Couffo au Plateau en passant par le Mono, l’Atlantique, le Littoral et l’Ouémé, des ogres de la trempe du Prd de Houngbédji, de la RB de Léhady, du Psd de Goulou (Amoussou) et dans une certaine mesure du Madep de Fagbohoun.

Il faut dire que cette lutte d’influence à distance se trouve sérieusement contrariée par deux déclarations fortes enregistrées ces derniers jours. L’une de Nicéphore Soglo dont on connaît les diatribes anti-refondation qui au cours de sa sortie sur Canal 3 rappelait à Talon et à ses amis l’absence de compte rendu de leur gestion de la nébuleuse des Programmes de vérification des importations (Pvi) ; l’autre de Houngbédji qui dénie toute vertu aux deux téléguideurs. Ce qui augure d’un refus des deux mammouths à se faire phagocyter par le duel Paris-Marina. Rendant ainsi impossible toute OPA sur l’ensemble de l’électorat du sud. Les dernières élections législatives puis municipales viennent d’ailleurs conforter l’ancrage populaire dans cette région du pays du Prd et de la RB. Même si les intentions présidentielles des Tchoco-Tchoco pour 2016 ne s’affichent pas clairement, le terrain est loin d’être en déshérence.

Les mêmes considérations évoquées précédemment valent pour le nord. Surtout que l’accès à la Marina n’équivaut pas automatiquement au développement de la région d’origine de son locataire. Les "frères de village" de Kérékou ne peuvent attester avoir connu la prospérité sous le règne de leur champion. Idem pour Soglo ou Yayi. A une certaine époque, certains ont cru pouvoir combler le retard présumé de leurs régions, profitant de leur posture, en inventant le quotas lors des concours de recrutement à la fonction publique ou carrément en organisant des fraudes méthodiques. Leur mérite est peut être d’avoir augmenté le nombre de fonctionnaires de leurs villages mais cela a eu l’effet d’habituer leurs proches à la facilité et à la médiocrité. Ces derniers ont dû jeter tout leur dévolu sur la fonction publique exclusivement, désertant, du coup, tous les autres secteurs d’activité. La conséquence est la désertion des régions concernées par leurs fils les plus valeureux au profit de lointains centres administratifs. La preuve que le régionalisme ne saurait servir de projet politique.

Le Bénin se joue entre 10 millions d’individus et non entre un milliardaire et un président "fini"...

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1480-candidats-du-nord-candidats-du-sud.html

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?