Dialogue social buissonnier pour les journalistes du secteur privé...

vendredi 10 juillet 2015 par Arimi Choubadé

Exclus du dialogue social national, les travailleurs de la presse du secteur privé. Pas que quelqu’un les ait, expressément, mis à l’écart. Mais eux-mêmes ont choisi délibérément de se mettre en marge de la chaîne de solidarité nationale. Il ne s’agit pas de couverture médiatique de l’événement accessible à tous les médias, tous secteurs confondus. Ce qui est en jeu ici c’est la qualité d’acteur du dialogue social présidé par le flambant Premier ministre. Au Bénin, le journaliste du secteur privé ne se considère pas comme un travailleur normal contrairement à ses collègues de l’Onip, de l’Ortb ou de l’ABP. Ne lui demandez donc pas de faire les choses comme tous les autres. Dans ce secteur privé de la presse, les gars se sont découverts des talents d’objecteurs de conscience, de défenseurs de la démocratie, de sachants en toute matière, de commentateurs de tout, de redresseurs de tort et parfois de justiciers. Pendant ce temps leurs confrères du secteur public n’ont pas hésité à rejoindre la bourse du travail à travers leurs syndicats respectifs tous affiliés à des centrales. C’est d’ailleurs à ce titre que ces derniers ont pu se faire représenter au dialogue social où se décide la répartition de la richesse nationale.

La presse indépendante, quant à elle, demeure dans un monde qu’elle s’est créée, totalement à part, en rade de tous les textes et institutions de la République. On n’y parle surtout pas de syndicat mais d’associations faîtières, UPMB et CNPA ; des trucs qui se refusent d’être des ONG parce que se prénommant artistiquement "associations à vocation syndicale » ; ils ne sont pas des syndicats non plus mais en ont seulement la "vocation". L’UPMB agissant pour le compte des travailleurs est inconnue à la bourse du travail parce que n’étant affiliée à aucune centrale. Le CNPA, syndicat des patrons de presse ne connaît pas le patronnât national béninois dirigé par Sébastien Adjavon. Ce sont donc des groupements affiliés à eux-mêmes, absents de toutes instances étatiques d’arbitrage et de réglementation du droit des travailleurs et des entreprises. Un État dans un autre État en somme. Les quelques initiatives syndicales qui ont osé sortir des rangs subissent un ostracisme innommable de la part des structures censées pourtant défendre les intérêts des acteurs du secteur des médias.

Conséquence, c’est tout le secteur de la presse indépendante qui vit dans la marginalité. Les notions de retraite, de plan de carrière, de prise en charge médicale, de droits acquis y sont totalement inconnues. Se faire soigner au Cnhu est un luxe que beaucoup de ses travailleurs ne peuvent s’offrir contraints de s’offrir les services des cabinets obscurs de féticheurs et autres guérisseurs traditionnels. A moins de bénéficier d’un élan de charité personnel. Pendant que les autres travailleurs du pays (y compris de l’Ortb, de l’Onip et de l’ABP) discutent de leurs conditions de vie et de travail dans un cadre permanent sous la bienveillance de l’Etat béninois, les journalistes de la presse privée inventent des jamborees décanaux dits "états généraux" dépourvus de toute base légale et sans aucune interaction sur les institutions de la République. Le travailleur béninois a des droits qui lui sont garantis par l’Etat à travers le gouvernement gestionnaire du budget national. Par contre, le travailleur de la presse du secteur privé croit avoir des droits que lui garantirait une institution politique, elle-même sous tutelle budgétaire, la Haac. Pathétique !

En clair, aucune structure d’acteurs de la presse privée ne se retrouve dans les actes réglementaires organisant le dialogue social et la représentativité des travailleurs. Tout plaidoyer visant à implorer les dites structures à rejoindre la solidarité nationale est voué aux gémonies. Gare à celui qui oserait suggérer à l’UPMB de s’affilier à une centrale syndicale afin de participer à la chaîne de solidarité nationale ; ou encore au CNPA d’intégrer le patronnât national béninois pour la même raison. Et pourtant il n’existe aucune autre solution pour offrir aux professionnels des médias du secteur privé une retraite méritée, une prise en charge médicale conséquente, une immatriculation à la Caisse nationale de sécurité sociale avec une spécificité adéquate. Les perdiems de foras, les contrats fantaisistes, les communications sauvages ou les opérations de chantage ont montré leur limite.

Nous ne sommes que des travailleurs comme tous les autres...

Par Arimi Choubadé
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