Affamés, aux urnes en 2016...

mercredi 15 juillet 2015 par Arimi Choubadé

Pas évident que l’ossature de l’électorat de 2016 diffère fondamentalement de celle de 2015. Place aux mêmes chômeurs, aux mêmes inondés, aux mêmes spoliés des faux placeurs d’argent, aux mêmes diplômés reconvertis au taximoto. En 2016, on retrouvera, donc, à coup sûr, dans les centres de vote, les mêmes affamés que ceux qui y ont trainé leur détresse les 25 avril et 28 juin 2015. Yinwè a réussi à conduire le maximum de citoyens vers la pauvreté absolue. Ses gars ont détourné à tour de bras. Tout y est passé : l’argent du siège du parlement, l’argent du coton, l’argent du pétrole, l’argent des petits épargnants, y compris l’argent de l’eau gracieusement offert par les Hollandais. Les quelques producteurs du pays profond qui auraient pu sortir la tête de l’eau ont dû déchanter rapidement grâce à la gigantesque pagaille organisée sur les chantiers de route. Les grains abondent dans les plantations sans pouvoir être écoulés facilement dans les grandes agglomérations du fait des routes défoncées perpétuellement en chantier sans fin.

Gaston Zossou se plaignait dans un de ses ouvrages du vote des analphabètes. La refondation a fait pire en créant le vote des analphabètes miséreux, une misère à l’origine de la vocation de nombreux présidentiables. La stratégie consiste tout simplement à prévoir la distribution de rentes et de prébendes dans les principales poches d’affamés afin d’emporter leur adhésion. En lieu et place de la présidentielle en 2016 se profile à l’horizon, un vulgaire concours de corrupteurs où le plus acheteur de voix et de conscience est sûr de s’offrir les meilleures chances de remporter le scrutin. Pour des gens privés d’eau, d’électricité, d’écoles, de travail, le plus important c’est de multiplier les marches de soutien et les séances de prière à la gloire de premier débonnaire débarqué. La démocratie chez les appauvris.

Les "télécommandes" ne se font d’ailleurs pas prier pour jouer à fond la carte du sauveur suprême face aux miséreux. D’abord la Marina dont le joker arbore des allures de magiciens venu débloquer toutes les impasses. La construction d’une route en peine entre Pahou et Ouidah, un projet de rail en difficulté, le chantier du parlement en souffrance, eh bien le Premier ministre peut régler tout cela en quelques doigtés. On se demande si le régime ne trainait pas ces chantiers en longueur exprès afin de faire intervenir le "yovo" miraculeux à la dernière minute. De l’autre côté, la télécommande de Paris s’active à se montrer magnanime envers tous les courtisans. Il paraît qu’il rachète tous azimuts toutes les petites initiatives de candidature dans le but de les réunir autour de son nom au moment venu. Au point où en sont les citoyens dépouillés, dans le Bénin profond, n’importe quel distributeur de billet de banque espère prêter serment sur l’esplanade du palais des gouverneurs de Porto-Novo le 06 avril 2016.

Le seul obstacle pour les camps antagonistes c’est la pauvreté. Même la classe politique ne trouve pas les arguments pour inverser la tendance. Les rentiers infiltrés dans les institutions de la République préfèrent servir de relais aux généreuses télécommandes plutôt que d’œuvrer pour une maturation des partis politiques. 25 ans après avoir ouvert le continent africain au multipartisme, le Bénin démocratique est devenu l’otage de chapelles affranchies des valeurs qui fondent le combat d’idées et d’idéologie. Tout se règle en espèces sonnantes et trébuchantes. Les Béninois découvrent comment on peut vendre la faim aux affamés, la pauvreté aux pauvres, le chômage aux chômeurs. L’argent du peuple sert à acheter le peuple.

Ça c’est le Benin de "après nous c’est nous"...

Par Arimi Choubadé
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