Nous sommes tous de la génération 31 décembre (ou 1er janvier)...

mercredi 12 août 2015 par Arimi Choubadé

"Année entamée...année consommée..." Il fallait que les Béninois soient à l’image de leurs sages : géniaux, extraordinaires, magiques, imprévisibles, bizarres. C’est désormais fait. Le seul pays au monde dont tous les citoyens sont nés au 1er janvier. Seule référence pour apprécier l’âge désormais, le 1er jour de l’année en cours. Cette proclamation révolutionnaire n’est pas le fait d’un mage illuminé ou d’un activiste déréglé mais des sages de la République qui l’ont inscrite au corpus constitutionnel. Aucune administration, aucun pouvoir public, aucune institution ne peut l’ignorer désormais. Plus de dates de naissance particulières. La Cour constitutionnelle du Bénin vient de faire entrer le droit universel dans le quatrième millénaire en choisissant de rayer de ses tablettes de comptabilité des âges : secondes, minutes, heures, jours, mois pour ne considérer que l’année entamée au 1er janvier à consommer jusqu’au 31 décembre. Pour y arriver, les sages sont allés puiser aux tréfonds de la racine même de la langue française à travers une miraculeuse locution latine : "annus incoeptus habetur pro completo". Le quartier latin de l’Afrique ne mourra jamais...

Holo et ses collègues sont en passe de devenir la juridiction la plus avancée au monde. Leur avantage est qu’ils n’ont pas besoin d’exégètes, de savants, d’écoles, de doctrines extérieurs à leur institution avant de faire avancer la science du droit. Eux-mêmes sont universitaires, chercheurs, enseignants, personnalités, sages en tout... Des magistrats professionnels s’en seraient remis à des courants doctrinaux à défaut de réglementations légales et ou constitutionnelles. Le Bénin a inventé une haute juridiction, non pas qui applique la loi comme le feraient des magistrats professionnels, mais, qui est, elle-même, créatrice de la loi. Avec la particularité qu’il s’agit ici de sages très remontés contre les règles de temps, de dates, d’âges et de délais contenus dans la constitution et universellement appliqués. N’ont-ils déjà pas fait disparaître plusieurs délais constitutionnels tels que le délai de la tenu du premier tour de la présidentielle, du dépôt des candidatures aux élections, de la fin de mandat des élus locaux et même des députés ? Au début du renouveau démocratique les législatures étaient installées courant avril. Depuis 2011 cela se fait en mai. Une mandature municipale a même duré 7 ans au lieu de 5 ans prévu par la loi.

Faudrait néanmoins rappeler aux Béninois qu’ils ont mieux à faire que de s’empoisonner l’existence par des conjectures intempestives autour de la Dcc 15-156. Alea jacta es : quartier latin oblige ! Les décisions des démiurges de la Cour sont sans recours. Il ne reste qu’aux différents pouvoirs publics à se mettre au diapason de cette grande révolution plutôt que d’attendre d’autres recours en cascade afin de se mettre à jour. Chaque citoyen peut déjà commencer par mettre individuellement les anniversaires de naissance ou de tout autre événement au 1er janvier puisque l’âge est désormais acquis dès l’entame de l’année. Ensuite, les pouvoirs publics, les gestionnaires des fichiers électoraux et ou d’état civil ainsi que les administrations publiques et privées devraient déjà anticiper sur les conséquences de droit et se mettre à jour vis-à-vis de la nouvelle norme constitutionnelle sur les âges.

Sauf revirement spectaculaire, toute honte bue, la révolution des sages doit s’appliquer. A moins que la Cour ne prétexte d’avoir été abusé par certains protagonistes surtout à la lumière des dénégations suffisamment graves du clan Atao Hinnouho à propos des arguments évoqués dans la décision. C’est désormais la parole de Hinnnouho contre celle de son collègue député André Okounlola qui confirme, par contre, le scénario décrit par la même décision. Le parjure plane donc quelque part. Ainsi à défaut d’agir sur la décision elle-même, il va falloir agir sur l’un des honorables en l’occurrence sur celui qui aurait triché dans ce dossier. Si le parjure est établi, cela peut permettre à la Cour de se dédire en arguant du fait d’avoir été trompé par l’une au moins des deux honorables en situation. On retrouve dans ce feuilleton tous les grands classiques de la vie publique au Bénin : la manipulation, la corruption, le mensonge, la duperie et l’aventurisme.

L’autre Yinwè dirait : "toutes les institutions sont mouillées"...

Par Arimi Choubadé
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