L’argent aurait arrêté Yayi ; qui va arrêter l’argent ???

mercredi 26 août 2015 par Arimi Choubadé

Il paraît que la démocratie béninoise doit une fière chandelle à une fortune. Celle-là même qui se serait refusée au lugubre projet de révision de la constitution afin d’accorder un troisième mandat à Yayi. Une rebuffade à l’origine d’une terrible crise ayant conduit tout le pays dans un cycle infernal ponctué par la nébuleuse de l’affaire de tentative d’assassinat du chef de l’Etat, les soupçons de coup d’Etat, la tension dans le secteur du coton, les fuites momentanées d’un juge, la demande d’exile auprès des États-Unis d’un confrère de la télévision nationale. En d’autres termes, le divorce consommé entre le fortuné fugitif de Paris et le pouvoir Yindié-Yinwè a pu éviter aux Béninois de connaître un régime éternel, totalitaire et indéboulonnable. D’alliés inconditionnels du Changement de 2006 puis des K.O électoraux de 2011, ils sont passés à deux télécommandes non vertueuses radicalement opposées, engagées à se neutraliser réciproquement, l’un par l’argent, l’autre par le pouvoir d’Etat.

Les nombreux trous de conjugaison entre les deux clans font apparaître des stratégies de propagande et de combat presque identiques, parfois avec les mêmes acteurs en fonction des alliances et des mésalliances. La télécommande de Paris en posture de sauveur suprême de la démocratie face à la tyrannie, tandis que l’autre, celle de la Marina se pose en garant de la légitimité républicaine contre l’argent-roi, l’argent d’origine douteuse, l’argent sale. Le summum de cet antagonisme s’est matérialisé par le score étriqué lors du vote pour l’élection du président de l’Assemblée nationale avec le mémorable 42 contre 41 entre Me Adrien Houngbedji et son challenger le ministre Komi Koutché. Ce qui signifierait que le pouvoir pouvait arrêter l’argent et vice versa. Un équilibre relatif qui tient cahin-caha malgré les quelques balbutiements à l’occasion de la levée d’immunité ratée du député Barthélémy Kassa ou des tumultueuses tractations pour les élections au sein de certains conseils municipaux à haut risque.

D’où la grande problématique des enjeux de la présidentielle de 2016 au cas où un camp triompherait de l’autre. Au regard de la perspective d’un départ inéluctable de Yayi après ses deux mandats, la rupture de l’équilibre pourrait donc se faire au profit du camp de l’argent, c’est-à-dire la fortune faite président de la République. Le prochain locataire de la Marina pourrait donc cumuler à lui seul le pouvoir d’Etat suprême et l’argent au superlatif. Ce qui fait disparaître aussitôt la dialectique de la neutralisation réciproque au profit du règne absolu. Toute l’architecture républicaine se reposerait désormais sur le bon vouloir d’une et une seule personne, le riche-roi-puissant. On imagine le sort à réserver à tout individu en position de contradiction à ce rouleau compresseur impitoyable. Il ne resterait alors aux citoyens que la prière afin d’implorer le ciel pour que le nouveau prince ne se transforme en potentat, accroc de la puissance et du pouvoir éternel.

A la vérité, la collusion entre l’argent-roi et le pouvoir d’Etat n’est pas inconnue des Béninois notamment depuis 2006. Les deux s’étaient coalisés à l’époque pour contrôler tout le système républicain. Le résultat se passe de commentaires. Ce fut l’époque de la remise en cause des engagements pris avec la classe politique dès le lendemain de la prestation de serment du 06 avril 2006. L’époque des faux placeurs d’argent amis du régime (Icc-Services) ; de la suppression des droits de grève aux paramilitaires ; de la différenciation du vrai peuple face au faux peuple ; des miens du Bénin profond appelés à affronter les autres ; de la disparition de Dangnivo ; de la tentative de privatisation de la douane et du port (Pvi) ; des scandales à gogo... Les magistrats auraient pu perdre eux aussi leur droit de grève si l’attelage initial argent-pouvoir n’avait pas volé en éclats entre temps. C’est cette fameuse époque qui revient à grand pas, à grand renfort de déchets médiatiques.

Le défi de la présidentielle de 2016 tient à trois mots : argent, argent, argent....

Par Arimi Choubadé
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