Le concours national de la corruption pour le 28 février 2016 ???

vendredi 2 octobre 2015 par Arimi Choubadé

C’était couru d’avance que l’argent-roi devrait s’inviter dans les débats de la présidentielle de 2016 au Bénin. Cela n’a pas raté. Deux magnats parmi les plus grosses fortunes du pays sont déjà pressentis, Sébastien Adjavon et Patrice Talon. Dans un marquage à la culotte très strict où suscitations de candidatures, mouvements de soutien, contrats médiatiques se succèdent à un rythme effréné. D’autres moins fortunés essaient néanmoins d’étaler un semblant d’abondance à travers des actions d’éclat et une présence de terrain sur fond de libéralité et de démonstration de générosité. Le principe est désormais immuable et consiste pour le candidat potentiel de répandre beaucoup d’argent sur son parcours au profit d’adulateurs circonstanciels. A moins de deux mois de la date limite de dépôt de candidature, les curiosités portent plutôt sur la capacité de chacun à distribuer de l’argent, beaucoup d’argent que sur des projets de société. Le concours d’achat de conscience est presque officiellement lancé au vu et au su de tout le monde, avec la probabilité que le plus grand acheteur de conscience l’emporte à l’issue du scrutin.

Toutes les démocraties au monde connaissent des compétitions électorales de plus en plus onéreuses voire ruineuses. Sauf que le Bénin y ajoute une hypocrisie d’Etat qui sort de l’entendement. A chaque étape de la législation électorale s’étalent des montants d’argent à l’instar de l’Article 110 du code électoral qui stipule que : "Il est interdit à tout parti politique ou à tout individu prenant part aux élections du Président de la République, des membres de l’Assemblée Nationale, des membres des Conseils communaux ou municipaux et des membres des Conseils de village ou de quartier de ville, d’engager pour la campagne électorale, par lui-même et/ou par une tierce personne :
- "plus de cinq cent mille (500 000) francs de dépenses par candidat pour l’élection des membres des Conseils de village ou de quartier de ville ;

- "plus d’un million cinq cent mille (1 500 000) de francs de dépenses par candidat pour les élections communales ou municipales ;

- "plus de quinze millions (15 000 000) de francs de dépenses par candidat pour les élections législatives ;
- "et plus de deux milliards cinq cent millions (2 500 000 000) de francs pour l’élection du Président de la République"
Ainsi, la loi béninoise indique des seuils de dépenses aux candidats sans chercher à savoir d’où vient l’argent. Un présidentiable est autorisé à distribuer près de 2,5 milliards sans qu’il ne soit obligé de prouver la provenance de cet argent. N’importe quel narco-trafiquant peut s’offrir le trône de la Marina sans avoir à se justifier pourvu qu’il soit de nationalité béninoise, âgé de 40 ans au moins et 70 ans au plus à la date du dépôt de candidature et jugé apte de se présenter par le collège de médecins commis par la Cour constitutionnelle.

Il est même prévu à l’article 113 du même code électoral un forfait de remboursement des sommes dépensées et dont personne ne connaît l’origine pour peu que l’intéressé produise des pièces justificatives aussi loufoques que la disposition légale elle-même. Tout cela se passe dans l’Etat dit démocratique du Bénin. Le comble de l’hérésie est contenue à l’article 343 qui exige des candidats des cautions de près de 15 millions pour la présidentielle. Là encore personne ne se préoccupe de savoir si l’argent ayant servi à cette caution provient d’un braquage sanglant, d’une organisation terroriste, d’un réseau mafieux. Pourvu que cela soit des billets de banque déposés au trésor, leur origine importe peu.

Tout indique que le scrutin de 2016 ne saurait déroger à cette corruption légalisée par l’Etat du Bénin. Les compétiteurs sont conscients que tout dépend désormais de la masse monétaire que chacun d’entre eux pourraient utiliser durant tout le processus. Le prochain président est appelé à tenir grand compte des jetons de présence lors des meetings de suscitations, des gratifications d’intermédiaire, des intéressements de réseaux occultes religieux ou traditionnels, des contrats médiatiques, mais surtout de l’"arrosage" des institutions. Les sulfureuses polémiques autour des abracadabrances des sages de la Cour constitutionnelle font désormais partie intégrante de l’actualité électorale béninoise. Les proclamations nocturnes de résultats de présidentielles depuis 2001 ne sont pas pour arranger les choses. Tout semble être corruption, suspicion, accusation, contestation et falsifications à l’occasion des processus électoraux au Bénin y compris à travers les normes légales.

Grands corrupteurs de tout le pays, à vos marques...

Par Arimi Choubadé
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