Le bilan de Yayi ???

lundi 12 octobre 2015 par Arimi Choubadé

Il paraît que le bilan s’invite désormais dans les débats de la refondation. Pour l’heure, on en parle encore sous forme de projet. Il faudrait attendre encore quelques semaines voire quelques mois avant d’avoir la quintessence de ce fameux bilan. Ce n’est que maintenant que le grand chef a entamé des consultations tous azimuts de tous ceux qui ont contribué à sa gouvernance depuis 2006. L’opération donne lieu déjà à des mouvements bizarres ; de gens divorcés de vieille date avec le yayisme s’affichent de plus en plus dans les allées de la Marina. De spectaculaires retournements d’alliance que l’on tente de justifier par ce prétendu processus de bilan de la décennie Yayi. Les Béninois retiennent donc leur souffle et attendent de savoir ce que pensent les émergents-refondateurs eux-mêmes de leur passage à la tête du pays. Un règne dont les objectifs de départ étaient pourtant de transformer le Benin en un dragon industriel, d’atteindre la croissance à deux chiffres et de lutter contre la pauvreté.

Plus sérieusement, ce qui frappe le plus à l’œil c’est qu’en 2006, Cotonou pouvait être relié à Bohicon en 2 heures. Au moment où la Marina s’apprête à changer de locataire, une décennie plus tard, ce même voyage se fait en 5 heures au prix d’un épuisant détour dans la vallée de l’Ouémé. Un calvaire dont Yayi lui-même ignore tout puisqu’habitué depuis lors à pérégriner sur toute l’étendue du territoire national en hélicoptère. Ne parlons pas de la première culture de rente, le coton, englué dans un tourbillon inextricable. Le combat quotidien des magistrats suffit à lui seul à résumer ce qu’est devenu le respect des textes de la République sous le changement-émergence-refondation. Les 100 milliards de CFA spoliés par des faux placeurs d’argent auprès du bas peuple ; les nuits noires du fait des délestages sauvages ; les robinets qui débitent des eaux colorées dans les ménages ; les hôpitaux en grève devraient figurer en bonne place dans ce bilan.

Les rédacteurs du bilan ont cependant l’excuse de ne pas être les seuls responsables du retard de cet exercice. Pendant longtemps, la Marina était occupé à comploter pour faire réviser la constitution en vue d’un troisième mandat. Une fois ce dessein définitivement enterré, il fallait penser à comment opérer une sortie honorable. L’intérêt de l’initiative est qu’il est toujours prudent de conter sa propre histoire que de laisser les autres le faire à votre place. Les refondateurs ont donc fait l’option de l’autoévaluation ; un peu pour corriger la perception que se fait une large frange de l’opinion nationale de la gestion du pays au cours de la dernière décennie. La rengaine est connue d’avance : infrastructures (bien que la plupart des routes du pays soient dans un état lamentable), gratuité de la césarienne, microcrédit aux plus pauvres, table ronde économique en France, patati patata...

Au-delà de l’autoévaluation en cours d’élaboration, il existe néanmoins des références difficiles à occulter à savoir les différents classements du Bénin dans des organismes internationaux depuis 2006. En effet, si on devait s’en tenir aux appréciations de Reporters sans frontières, de Amnisty international, de Transparency international et autres, les refondateurs ne pourraient pas se regarder dans un miroir. A défaut donc de bénéficier de la bienveillance des Béninois spoliés par les faux placeurs, déçus des éléphants blancs, inquiets de l’impunité réservée aux voleurs de la République d’une part, et d’autre part des classements défavorables des organismes internationaux, les refondateurs n’ont que leur propre bilan pour se sortir d’affaire. Mais ce document ne pourrait faire effet que le temps de la fin de mandat, à peine 6 mois jusqu’en avril 2016. Pas sûr que cela soit suffisant pour faire renoncer au prochain locataire son droit d’inventaire.

A chacun son bilan donc ...

Par Arimi Choubadé
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