Le Général-Caméléon n’avait que de faux amis ???

lundi 19 octobre 2015 par Arimi Choubadé

Louangeurs et adulateurs de tout le pays, le Général-Caméléon est mort ! Ils n’ont d’ailleurs pas attendu bien longtemps afin de faire admirer l’immensité de leur béguin pour le grand camarade de lutte, la terreur des années de révolution, celui dont l’évocation du seul nom pouvait plonger des familles entières dans le deuil et la désolation. Mais il ne faut surtout pas parler de ça en cette période de célébration de l’hypocrisie et de l’amnésie nationales. Même les anciennes victimes sont obligées d’afficher un discours convenu par crainte d’être accusées d’anti-kerekouïsme notoire passible de diverses représailles voire chantage. Ils sont majoritaires, partout, ou presque : au sein de la classe politique, de l’administration publique, dans les couvents, les églises, les palais royaux, les marchés ; tous ceux qui ont bénéficié des rapines de la banqueroute du parti unique puis de la gouvernance kékéréké après le bref intermède des travaux d’hercule. 27 ans de règne sans partage, ça laisse des traces surtout dans un petit pays comme le Bénin.

C’est peut-être un avantage pour les kerekouistes d’avoir les moyens de contrôler une grande partie des médias, des opinions et même des fortunes du Bénin. Au moment où leur mentor quittait cette terre dans la maladie et l’isolement total, il est opportun de se demander à quoi a servi tout le butin amassé par ses profiteurs en dehors de l’infructueuse tentative de falsifier l’histoire qui n’a marché qu’à moitié. Les "amis" du vieux ont préféré la facilité des glorioles et des slogans incantatoires comme s’il suffisait qu’un stade porte son nom pour effacer du dos de Baparapé ou de Ibrahima Zakari les sillons sauvagement creusés par les tortionnaires de service. Ou encore que le baptême d’une rue ou d’un édifice public pourrait rendre à Thérèse Wahounwa sa jeunesse sacrifiée. Les décédés des camps de concentration pour vieillards soupçonnés de sorcellerie ou des camps de tortures n’auraient pas davantage l’âme apaisée parce que l’inspirateur en chef de leurs bourreaux aurait été sanctifié par des honneurs de la République.

Et pourtant, les "faux amis" du Général-Caméléon disposaient d’un inestimable instrument d’ennoblissement irreversible de leur champion : le retentissant "pardon" devant des délégués de la conférence nationale médusés à travers un acte de contrition spontané. C’est le lieu de leur poser la question de savoir ce qu’ils ont fait de ce "pardon". Sont-ce les valeurs du pardon qui ont recommandé les marches de soutien et les prières instaurées en réalité dès le retour au pouvoir du Général-Caméléon en 1996 ? Que dire du système des quotas institué par un certain Ousmane Batoko alors ministre de la Fonction publique, système que Yayi est venu découvrir une fois arrivé au pouvoir ? A-t-on déjà oublié les nombreux scandales qui ont fait dire à la présidente de la Cellule de moralisation de la vie publique, la brave Anne Adjaï Cica que le gouvernement sous Kérékou était corrompu à 95% ?

Revenons donc à ce curieux "pardon" qui attend toujours d’être vraiment traduit en vecteur de consolidation de la paix gravement compromise par les crimes cumulés sous la révolution et la décennie de rachat manqué. C’était les victimes des crimes de la révolution qui avaient plus besoin du pardon que quiconque. Depuis le discours de février 1990, Kérékou avait eu 25 bonnes années pour accomplir des gestes forts comme aller s’incliner sur la tombe de Togbadja à Akodessa, recevoir à déjeuner Thérèse Wahounwa, ou faire un pèlerinage annuel d’expiation sur les lieux des crimes (Segbana, Petit Palais, Plm, Dodja etc...). La fameuse fondation qui porte son nom a largement les moyens de tenter de traduire ce besoin de pardon au travers de l’assistance et de la compassion aux victimes directes ou leurs descendants ou ayant-droit. Le pardon du Béninois lambda n’a rien à voir avec celui des enfants Aïkpé, ministre de l’intérieur assassiné dans l’indifférence totale. Ce devait être du pardon à l’instar de celui liant Jean Paul II au Turc, Ali Agça qui a attenté à sa vie et non un pardon médiatique impersonnel destiné à réclamer la posture d’homme de paix.

Quant à l’histoire, elle attend toujours de prendre sa revanche !!!

Par Arimi Choubadé
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