Nous voici dans la fatalité de l’argent douteux !!!

lundi 26 octobre 2015 par Arimi Choubadé

Rien ni personne n’a pu inverser le sort. C’était écrit, de vieille date, que l’argent-roi, d’origine inconnue, pour ne pas dire l’argent sale, l’argent de la corruption, du vol, des trafics, des compromissions, viendrait dicter sa loi à tout : institutions de la République, chefferies traditionnelles, société civile, médias, syndicats, partis politiques ménages... A quelques encablures de la présidentielle, la prophétie n’a pas raté ; toute l’intelligence nationale dans un engrenage autour de deux ou trois fortunes personnelles. On est presque sûr désormais que jusqu’à la dernière minute du dépôt des candidatures, à 60 jours du premier tour, les sujets de discussion ne porteraient pas sur l’énergie, l’éducation, la justice, le chômage, la corruption encore moins l’agriculture. Comme si le seul problème du pays est l’installation d’un nouveau locataire à la Marina le 06 avril 2016. Ce jour-là, chacun pourrait faire le bilan des jetons et des billets de banque glanés durant la folle période des suscitations de candidature, de meetings, de congrès improvisés, de ralliements intempestifs, de collages d’affiche etc... Des moments de distribution d’un trésor dont on ne connaît comment il a été amassé.

Les Béninois n’ont visiblement plus les moyens institutionnels, intellectuels, moraux d’éviter que la présidentielle de 2016 ne soit transformée en une foire nationale de la corruption comme on le redoutait. Reste à savoir si une fois passée la fatalité de 2016, il y a espoir de remettre la République au cœur des débats et des enjeux nationaux. Car, on connaît les urgences au lendemain d’un scrutin présidentiel : la formation du gouvernement, les nominations, les recompositions politiques, les remerciements, les règlements de compte et surtout les stratégies de recapitalisation des comptes bancaires utilisés pour la victoire. Sans oublier la gestion du quotidien liée aux revendications catégorielles, aux factures du trésor public impayées, aux routes défoncées, aux éléphants blancs, au passif du yayisme dont les affres demeurent d’ailleurs l’élément central de la gouvernance à venir.

Logiquement, on pouvait se satisfaire de l’inscription dans tous les discours politiques de la nécessité d’une réglementation de l’argent en politique, le financement public des partis politiques et de la campagne électorale. Mais les attentes indéfiniment repoussées et les rendez-vous manqués depuis 25 ans ne permettent pas de nourrir bien longtemps une quelconque espérance en la matière. Quelques-uns parmi nous avaient cru à un miracle à l’occasion du discours d’investiture du président de l’Assemblée nationale de la 7eme législature. Toute la classe politique s’est rendue à l’évidence que les télécommandes "non vertueuses" ne pouvaient que conduire la démocratie vers sa ruine. Même la télécommande alors appelée celle de Paris s’était ralliée à l’idée d’instaurer un financement des partis politiques, convaincue qu’aucun mécène ne saurait être assez riche pour alimenter aussi longtemps les officines politiques. Mais l’échéance de février 2016 était trop rapprochée pour parvenir à instaurer de nouvelles mœurs dans l’animation de la vie publique. Pari improbable donc.

Néanmoins, plus personne ne peut dire désormais ne pas percevoir les effets pervers du règne de l’argent douteux sur le système politique béninois. Autrefois, les premiers rôles avaient été tenus par les intellectuels les plus fortunés du pays. Ces derniers ont dû subir, plus tard, l’intrusion bruyante des nouveaux riches fabriqués à partir des parcs de véhicules d’occasion durant la décennie kékéréké. Cette fois-ci, commerçants et hommes d’affaires ont décidé d’envahir les institutions de la République et les gérer directement en lieu et place des politiques et des intellectuels. Un processus de délitement progressif des valeurs républicaines précurseur de l’avènement de la République de l’argent, du narco-État où les partis politiques sont remplacés par des gangs rivaux, les rixes prennent le dessus sur les discours ; juges, journalistes, syndicats sont mis au pas par des opérations sanglantes. Cela se passe à quelques heures de vol de Cotonou, dans l’espace Uemoa de surcroît.

La prochaine étape, après la fatalité, c’est l’apocalypse !!!

Par Arimi Choubadé
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