Après le feu de bienvenue à Porga, voici le feu d’au-revoir à Dantokpa...

lundi 2 novembre 2015 par Arimi Choubadé

Pas pour attribuer un quelconque don du malheur (par le feu) au docteur-président. Ni pour lui imputer une responsabilité personnelle face aux boutiques en flammes au marché dit international Dantokpa. Mais, on ne peut s’empêcher de rappeler que le pays avait été frappé par un feu particulièrement meurtrier à Porga vers la frontière avec le Burkina Faso en mai 2006 soit quelques semaines seulement après l’avènement du régime du Changement : 54 morts et près d’une centaine de blessés avec des fortunes diverses. A quelques mois du départ du pouvoir, une dizaine d’années plus tard, un autre feu ravageur, cette fois-ci à Dantokpa, l’un des marchés les plus fréquentés dans la sous région. Même si aucun cas de victime humaine n’est déploré, les dégâts sont immenses : des dizaines de milliards de Fcfa en fumée. Dur à avaler pour une économie déjà en grande difficulté après la décennie des détournements de l’argent de l’eau pour les pauvres, de vols de deniers publics, de marchés publics gré à gré, d’éléphants blancs tous azimuts. Sans oublier les plus de 150 autres milliards disparus entre les mains de faux placeurs amis du régime à travers l’affaire Icc-Services.

Il y a, par contre, une très forte symbolique qui se dégage du timing de ces deux événements incandescents. La preuve supplémentaire que le Bénin a très peu évolué au cours de cette gouvernance décanale caractérisée essentiellement par l’immobilisme, l’amateurisme et l’affairisme. "Reconstruire Dantokpa et le moderniser" était déjà le projet phare de la mairie de Cotonou depuis les premières années de la décentralisation. Pendant 12 ans, le vieux président-maire a multiplié les tours des quartiers de la ville pour exposer son projet aux citoyens avec l’appui de l’Agence française de développement. Jean-Michel Severino alors Directeur général de l’Afd en personne était venu à Cotonou appuyer le projet dont le gouvernement Kérékou n’en voulait pas pour des raisons évidentes de rivalités politiques personnelles entre le maire et le chef de l’Etat de l’époque. Le projet a néanmoins été maintenu et soumis au gouvernement Yayi pour le même sort qu’auparavant. Ce n’est qu’au bout de 10 ans que la perspective de "reconstruire et moderniser" le marché de Dantokpa revient au goût du jour. Que du temps perdu !

A suivre de près le conseil des ministres du 31 octobre consacré à ce dossier, on voit à peine l’once d’un véritable projet pour ce marché d’envergure internationale. Il est question de quelques mesurettes de replâtrage autour uniquement de la zone sinistrée. Rien sur le mode de gestion qui place le marché sous la férule directe de la présidence de la République à travers la Société de gestion des marchés (Sogema) devenue un instrument politique au service de la refondation et non des usagers. On voit bien qu’au moindre danger, le gestionnaire principal du marché s’en remet à la présidence de la République même parfois pour des querelles entre vendeurs. A chaque drame, sapeurs-pompiers, forces de défense et de sécurité, forces aéroportuaires et consorts sont débarqués d’ailleurs, loin du marché pendant que le désarroi se poursuit. Jamais, le marché, malgré ses considérables recettes amassées sur de nombreuses années, n’est parvenu à se doter de ses propres mécanismes de protection contre l’insécurité et les risques d’incendie.

Il est fort à craindre que les effets d’annonce du conseil des ministres ne soient l’occasion de saigner davantage les caisses de l’Etat à travers des initiatives improvisées. Le texte en lui-même ressemble beaucoup à une opération de rattrapage face à l’apathie du pouvoir, au lendemain du drame. Il a fallu l’émoi spontané exprimé par des personnalités telles que le président de l’Assemblée nationale pour que la Marina sorte son train de mesures dont on voit très peu l’impact sur la gestion à long terme de ce marché. Il ne reste qu’aux Béninois très versés dans la bondieuserie de répéter les prières et les invocations afin que le pays ne subisse plus ces genres de désastres, du moins, tant que la refondation serait encore en cours.

Ces messieurs n’ont plus aucune solution pour aucun problème des Béninois...

Par Arimi Choubadé
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