"Nous sommes tous Le Matinal"...

vendredi 6 novembre 2015 par Arimi Choubadé

A qui le tour ? "Le Matinal" exit des kiosques depuis le jeudi 05 novembre 2015 comme "L’Enquêteur", il y a quelques semaines ou "Le Béninois Libéré" depuis des années. Pas parce qu’une instance, une juridiction ou le tribunal des pairs en a décidé ainsi. Mais par la volonté unilatérale d’un homme, nommé par le chef de l’Etat, à la tête d’une institution, la Haute autorité de l’audiovisuelle et de la communication (Haac). Il paraît que la loi aurait concédé à un seul homme, au sein de la République démocratique du Bénin, le droit de fermer une entreprise de presse sous couvert de mesures conservatoires. Tant pis pour les emplois en souffrance, les incidences financières et, éventuellement, l’impact sur l’image du pays à l’extérieur. Le Benin n’est plus à une excentricité près en matière de prédation des libertés publiques et individuelles sous le régime du changement-émergence-refondation. Fermer un journal, c’est tout simplement fermer un canal d’expression, un outil d’interaction entre les acteurs de la vie publique.

A chaque fois, lorsqu’il s’agit de débattre de la Haac, tout le monde nage dans l’absurdité, l’incompréhension et l’indignation. Comme s’il régnait dans le pays une atmosphère de haac-phobie au premier degré. Mais en réalité, c’est mon confrère Raoul Hounsounou du quotidien Nord-Sud qui avait raison lorsqu’il disait sur une radio locale que la Haac n’aurait jamais dû exister dans la constitution. Un monstre institutionnel ne peut engendrer que des monstruosités juridico-institutionnelles inédites. C’est la seule institution de la République du pays capable de s’auto-transformer en une juridiction quand bien même elle ne dispose d’aucune procédure écrite devant ses juges. Il en est de même pour les peines. Aucun texte au Bénin ne régit les peines prononçables par la Haac. Il peut donc plaire aux juges d’interdire un journal de revue de presse. Comme ils peuvent exiger d’un journaliste de prononcer des excuses publiques à un plaignant. De la même manière qu’il peut plaire au président de rendre un "acte présidentiel" de suspension sans qu’aucun texte ne l’ait prévu au préalable en violation du sacro-saint principe de la légalité des peines (art 2 du code pénal).

Ces événements viennent rappeler encore une fois l’inutilité voire la dangerosité pour la démocratie d’une institution comme la Haac qui n’avait jamais existé auparavant dans un pays de liberté avant que le constituant béninois ne l’invente. Le malheur vient de l’idée d’ériger des protecteurs de la liberté de presse. A la longue ils se sont transformés en justiciers redresseurs des torts dans les médias. Avec pour seule procédure l’instinct des juges de circonstance. La protection des libertés devraient être inscrites dans la culture citoyenne de chaque individu et non l’apanage de gardiens désignés. En effet, il suffit de scruter les profils des différents membres de cette institution depuis son installation en 1993 pour se demander en quoi ils étaient prédestinés à protéger la liberté de presse plus que les autres citoyens. En définitive, la proximité avec les médias leur a donné des élans non pas de protecteurs mais de censeurs de l’éthique et de la morale.

C’est donc l’incertitude permanente qui plane sur tous les organes de presse tant qu’existera cette institution. Aucun journaliste ne connaît la peine qu’il encourt à chaque faute commise intentionnellement ou non. En matière de diffamation et de délits connexes chaque contrevenant peut consulter par avance les dispositions pénales contenues dans le code de l’information avant le prononcé de la sentence après un procès contradictoire devant un tribunal ordinaire. Tout le contraire des juges autoproclamés de la Haac, tantôt juges de l’ordre public, juges des mesures conservatoires en plus d’être protecteurs de liberté. Le tout sans aucun texte écrit. Il faudrait bien qu’elle prouve son existence. Si ce n’était "Le Matinal", "L’Enquêteur" ou "Le Béninois Libéré" ce serait un autre.

Quand la protection de la presse rime avec la punition de la presse...

Par Arimi Choubadé
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