Je n’ose pas croire au récit de Alofa...

mercredi 11 novembre 2015 par Arimi Choubadé

Impossible ! Mon pays, en pleine émergence-refondation, ne peut être celui décrit lors de la première journée du procès sur la disparition de Pierre Urbain Dangnivo. C’était déjà difficile d’admettre : qu’on puisse être sans nouvelles d’un haut cadre de l’administration publique disparu du jour au lendemain avec corps et voiture ; que le scénario de l’exhumation de son pseudo cadavre dans une banlieue près de Cotonou à Womè puisse déclencher des protestations et des dénégations tous azimuts aussi bien des proches du disparu que de ses collègues de bureau ; que la procédure ait été émaillée de nombreuses irrégularités soulevées par les défenseurs du disparu. Voilà qu’aux premières heures du procès, il est demandé aux Béninois d’entendre que leur police et leur gendarmerie sont aux mains de vulgaires ripoux, que des ministres de la République se sont comportés en chef de gang ; que l’administration pénitentiaire notamment de la prison censée être la plus sécurisée du pays à Misséreté serait un nid de corrompus et de carriéristes, enfin que le régime, en général, a perdu toute notion de valeurs et de normes républicaines. Seuls comptent l’affairisme, les compromissions, les passe-droits au détriment de la morale, de la loi et de la justice.

Sans préjuger de la véracité des récits avant le prononcé du verdict, il est clair que les conjurés semblent avoir réussi leur entrée en scène. En quelques heures, ils sont passés de la posture de dangereux malfaiteurs en petits délinquants ordinaires manipulés, terrorisés, torturés puis lâchés par des fonctionnaires et des politiciens que l’autre qualifierait de "bas de gamme". De tout ce qu’on a entendu depuis le début de cette affaire en 2010, les faits relatés par Alofa et comparse apparaissent curieusement comme les plus cohérents et les moins édulcorés. Rien à voir avec les hésitations du ministre de la justice de l’époque en marge de l’épisode de Womè, encore moins avec les élucubrations des autorités policières ou du procureur général près la Cour d’Appel de Cotonou. Des noms, des dates, des actes, des déclarations rapportées : la vérité des conjurés a visiblement pris une ascendance sur celle des enquêteurs.

Au-delà de la nébuleuse sur la disparition de Dangnivo et des déclarations surréalistes de ses présumés assassins, les Béninois sont renvoyés, dans leur immense majorité, à leur propre image de chantres de l’impunité. A suivre les déboires que Alofa prétend avoir subi, on a l’impression que la conférence nationale de février 1990 n’a jamais existé et que le "plus jamais ça" scandé en chœur par les près de 500 délégués dans un nationalisme à peine contenu n’était qu’un slogan de circonstance destiné juste à exorciser le mal du moment, le Prpb en banqueroute. Tortures, violations des droits de détenus, subornations de témoins, falsifications des procès verbaux d’enquêtes policières, trafic d’influence devraient disparaître avec la fermeture des centres de détentions arbitraires et d’exécutions extrajudiciaires de la dictature. Mais l’horreur nous revient en surface 25 ans après et révèle un état d’esprit voire une résurgence des vieux démons. La plupart des tortionnaires de l’époque étant encore en service, forts de leur impunité, la sale besogne devrait continuer d’une manière ou une autre.

Moi, le réfractaire aux citations, je dois me rabattre pour la circonstance sur une lumineuse inspiration de Abraham Lincoln : "tout peuple qui oublie son passé, se condamne à le revivre". De mémoire de Béninois, jamais un auteur de torture ou de violation des droits de l’homme n’a payé à la mesure de son forfait. Au contraire, les tortionnaires sont revenus aux commandes, adulés, promus, honorés, décorés. Pendant que les victimes continuent de broyer du noir contraintes de subir chaque jour l’humiliation à travers les célébrations quotidiennes de leurs bourreaux, au nom de la paix. Ceux qui avaient torturé hier n’avaient aucune raison de ne pas continuer aujourd’hui surtout avec la conviction de servir le régime au pouvoir. On leur a appris à servir un régime et non une République. Dangnivo l’a appris à ses dépens. Peut-être Alofa et Amoussou aussi.

Les tortionnaires, les Béninois et l’impunité, une longue histoire d’amour...

Par Arimi Choubadé
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