L’And parle publiquement d’argent en politique...

lundi 7 décembre 2015 par Arimi Choubadé

Ça déballe dru chez les Aïzos. 100 millions comme assistance financière à la campagne de Houdé ; Dassigli surpris en compagnie d’autres compagnons chez la télécommande autrefois installée à Paris ; Houdé qui explique à son tour comment un candidat à la présidentielle à qui il a refusé son soutien aurait entrepris de mettre toute l’Alliance en lambeaux à coup de billets de banque. Tout cela se passe à l’Alliance nationale pour la démocratie (And). Un feuilleton politique à rebondissements avec des déclarations en cascade et, probablement, une épilogue politico-juridique du fait de la guerre de légitimité opposant les deux camps. Valentin Aditi, député élu depuis 1995, ancien ministre, actuel Premier Questeur de l’Assemblée nationale se considère toujours le N°1 d’une aile tandis que Barnabé Dassigli croit tenir les rênes de l’autre aile avec pour président d’honneur le député, ancien ministre d’Etat en République Centrafricaine, professeur et fondateur d’université, Roi des Aïzos, Octave Houdégbé.

Il faut reconnaître qu’à l’And, au moins, les gars osent appeler les choses par leurs noms. La crise aurait donc un identifiant : l’argent. Comme la plupart des crises au sein des partis politiques au Bénin. Ainsi, subitement, sans que personne ne sache trop pourquoi, des gens autrefois d’intimes alliés commencent à se déchirer sur la place publique. La politique étant devenue aux yeux de la grande majorité des Béninois un domaine où ne comptent ni la foi ni la loi. Pas de morale, pas d’éthique, pas de normes, pas de repères, pas de valeur. Seul compte l’instinct de survivance au nom de quoi tous les coups sont permis. Or la vraie maladie, l’unique, celle qui gangrène tout le système partisan, ce n’est rien d’autre que la manière dont se finance tous ces creusets qui tiennent lieu de partis ou de regroupements politiques. Les Béninois devraient donc reconnaître à Houdé, Dassigli, Houdégbé et compagnie le mérite d’avoir fait preuve de moins d’hypocrisie et d’avoir présenté les réels dessous des instabilités dans l’animation de la vie publique.

Ces tiraillements n’auraient jamais existé si le pays s’était doté d’une législation sur l’argent en politique. Aucun homme d’affaires n’aurait été assez riche pour rivaliser, sur la durée, avec des partis politiques financés par le trésor national. Jamais les partis politiques n’auraient été ainsi éclipsés de la compétition présidentielle comme c’est le cas actuellement à quelques mois du premier tour. Jamais des députés ne pourraient se faire débaucher aussi facilement sans des conséquences durables sur la suite de leur carrière politique. Jamais le débat public n’aurait été aussi appauvri et aussi perturbé par les interférences de têtes couronnées, d’adeptes de fâ, de religieux, d’ONG et de biens de gens qui n’ont en principe rien à voir avec la politique.

Si le financement des partis était encadré par une législation conséquente (non pas une loi laxiste sur le financement des partis politiques), les citoyens n’auraient pas eu le sentiment d’une crise des candidatures à l’élection présidentielle de 2016. A présent plane, en effet, sur le pays une impression de malaise généralisé dans les procédures de désignations des candidats des grands partis. On sent ces formations politiques moins souveraines, moins sereines, moins indépendantes dans cet exercice ultime destiné à doter le pays d’une nouvelle gouvernance à la suite de la décennie perdue du yayisme. Tout le monde craint une sorte de non-choix voire un choix par défaut, ou pire, par contrainte. A force de laisser le financement des partis dans l’informel on assiste à une procédure presque informelle de désignation des candidatures. Mais de cela, il fallait débattre depuis 25 ans.

Est-ce déjà trop tard ???

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1524-l-and-parle-publiquement-d-argent.html

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