La grande peur au programme électoral...

lundi 21 décembre 2015 par Arimi Choubadé

Il devrait y avoir des débats, des projets, des idées et du rêve comme partout en démocratie pluraliste à l’occasion d’une présidentielle. Mais la précampagne offre au Béninois plus lourd que tout cela. Un petit tour rapide sur le glossaire des meetings pour se rendre à l’évidence de chaos : "mafia", "françafrique", "recolonisation", "étranger" ; un vocabulaire plus proche de l’apocalypse que du rêve de développement. Toutes les écuries s’activent à fouetter chez le citoyen l’épouvante et la terreur. Aucune place à la vente du projet ; c’est plutôt l’achat de la crainte qui crève l’écran. Les passions se déchaînent sur les aspérités supposées ou réelles des candidats potentiels mais jamais sur ce qu’ils peuvent incarner de positif. Seules les anecdotes répugnantes réussissent à emballer les discussions. Circulent plus de détails sur les escapades extra conjugales de certains ; les défauts de leurs gardes robes ; leurs vices ; les tares de famille, et éventuellement les cadavres de placards.

En général, on dit de l’un que s’il gagnait le pouvoir au Bénin, il remettrait les leviers du pays à la boulimique France en quête de prédation destinée à redorer sa puissance ébranlée. Sur un autre, il est diffusé partout que son règne pourrait être fatal à tous les partis politiques et que le Bénin deviendrait par la même occasion un instrument d’enrichissement à la solde d’un individu avide d’argent. Un autre est catalogué comme un commerçant attardé, arrogant, qui ne veut le pouvoir que pour régler ses problèmes avec ses petits copains d’une fédération sportive. Les autres aspirants à la Marina essuient quotidienne des agressions verbales en tout genre et par tous les moyens d’information. Pour être sûr de captiver son auditoire, par les temps qui courent, il faut avoir une histoire de diabolisation de présidentiable à raconter. Plus l’anecdote est affreuse, plus elle gagne en crédibilité auprès du public. D’office, tout vendeur de projet est considéré comme un vendu lui aussi.

Le président Nicéphore Soglo a opté pour une note particulière afin de caricaturer cette situation qu’il qualifie de choix entre la "peste" et le "choléra". Même les experts de l’art divinatoire, le Fâ se joignent au concert d’épouvante en prédisant eux aussi le risque de guerre civile. En clair, les électeurs n’auraient le choix qu’entre le "mal" et le "mal", le 28 février 2016. En d’autres termes, le menu offert est franchement repoussant. Pour les plus jeunes, aucun espoir n’est permis ; les anciens préparent pour eux un gigantesque complot contre l’avenir et le développement. Voilà, là où 25 années de démocratie ont conduit le berceau des conférences nationales, des alternances pacifiques et des transitions politiques réussies en Afrique. Les animateurs de la vie publique n’ont rien trouvé de mieux que la promotion de l’impasse et du déni d’un débat de construction nationale. Et apparemment, aucune initiative citoyenne ne s’annonce pour enrayer ce discours de la peur.

Et pourtant, tous les présidentiables prétendent avoir des solutions à tout : emploi, santé, spoliés des faux placeurs, crise de l’école, les infrastructures etc... Mais pour le moment, tout cela est rangé au profit de la logique de destruction du concurrent. Toutes les équipes de campagne travaillent à dévoiler le (ou les noms) de celui qu’il ne faut pas élire, au point d’oublier leur rôle essentiel qui est de vendre les atouts de leur candidat. Le jour du premier tour du scrutin avance à grands pas dans cette ambiance dévoyée sans que le citoyen ne sache exactement à quel saint se vouer. Rien ne semble pouvoir arrêter l’arrogance chez les uns et le dénigrement systématique chez les autres. Pendant ce temps, à quelques encablures des frontières chantent les sirènes de l’aventure, du fondamentalisme voire du terrorisme. Et pour propager ce négativisme généralisé, les camps en présence sont prêts à engloutir d’énormes moyens. Tant pis si le Benin se meurt à petit feu faute justement de moyen. Ça promet pour février prochain.

Le fatal rendez-vous entre la misère et la grande peur.

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1527-la-grande-peur-au-programme.html

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