La République du Bénin à part, sa presse à part !!!

mercredi 4 mai 2016 par Arimi Choubadé

Eux, journalistes de la presse privée du Bénin, ont solennellement proclamé à la face du monde ne vouloir rien faire comme tous les autres travailleurs du pays y compris leurs confrères du secteur public. Ce fut au cours d’un jamboree pompeusement baptisé premiers états généraux de la presse en 2003. Chez eux, le salaire est une exception ; pas de retraite, pas de prise en charge médicale, pas de sécurité sociale ; le contrat de travail y est un luxe. Surtout pas de syndicat encore moins de pluralisme associatif. Une seule association est habilitée à représenter tous les employés tandis qu’une autre devrait regrouper tous les patrons (et non les entreprises). Dans ce secteur une convention collective ne se conclut pas entre organisations de travailleurs affiliées à des centrales syndicales et des entreprises mais entre deux associations loi 1901, à but non lucrative. Un document curieusement parrainé par le Directeur général du travail. Rien d’étonnant que, plus d’une dizaine d’année après son élaboration, cette convention collective peine à connaître ne serait-ce qu’un début d’application.

Comme on le voit, cette corporation (si on peut l’appeler ainsi), s’est créée son univers à part, avec des règles de fonctionnement très spéciales que ne maîtrisent que des initiés triés sur le volet. La chaîne de solidarité nationale ne les concerne pas. Pendant que les acteurs de tous les secteurs d’activités du pays se donnent rendez-vous pour des négociations sociales travailleurs-employeurs-gouvernement, les nôtres préfèrent les séminaires entre coquins plus axés sur des mondanités ésotériques que sur l’amélioration des conditions de vie et de travail en sein du secteur. A la veille de la confection du budget général de l’Etat, le dialogue social s’active à quantifier les ressources publiques à consacrer aux acquis sociaux de tous travailleurs à l’exception de ceux de la presse privée d’autant plus que toute affiliation à une centrale syndicale ou au Conseil National du Patronat du Bénin est rigoureusement proscrite. Si chaque année les travailleurs "normaux" revendiquent des avancées sociales financées par le budget national, le curseur de l’aide de l’Etat à la presse privée, par contre, ne bouge presque jamais (entre 300 et 350 millions CFA). Une misère malgré l’éclosion spectaculaire des organes de presse et de jeunes adhérents à la profession de plus en plus nombreux.

Au finish, les employés sont abandonnés à eux mêmes face à des employeurs eux aussi anéantis pas le fisc, les fournisseurs, la concurrence sauvage, l’absence de subventions directes voire de mesures incitatives. A ce jeu, on se retrouve dans une jungle où les plus forts mangent les plus petits avec naturellement le journaliste dans le rôle de la cible facile face à un patron lui aussi acculé. Même sur le terrain des reportages, il faut savoir jouer des bras et des coudes pour se frayer le chemin des cocktails arrosés au petit four. Les plus ingénieux parviennent à soutirer quelques oboles en guise de perdiem auprès des organisateurs d’événements s’il ne s’agit pas carrément d’opportunité d’escroquerie, d’extorsion de fonds ou d’arnaques tout simplement. Tant pis pour les plus vieux pour qui la chasse aux perdiem devient de plus en plus pénible physiquement et moralement.

Que les réformateurs de la rupture ne s’empêtrent surtout pas dans des réflexions alambiquées s’ils espèrent entrouvrir l’espoir auprès des miséreux de la presse. La première résolution, c’est de cesser de se rendre complice du monolithisme associatif en sommant le DGT de se retirer purement et simplement de la convention collective frauduleuse régissant la presse privée. Ensuite, rompre le lien ombilical entre la barbouzerie de palais et les organes dits représentatifs de la presse privée. Une fois orphelin du parrainage occulte du pouvoir politique, les ONG n’auraient aucun autre recours que de revenir à la légalité en se casant à la bourse du travail pour les travailleurs puis sous la coupole du Patronat national pour les entreprises de presse. Exactement comme le font déjà syndicats et entreprises de presse du secteur public.

L’espoir est donc permis ???

Par Arimi Choubadé
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