Les réformes et...les commissions...

lundi 9 mai 2016 par Arimi Choubadé

A priori rien contre les réformes, encore moins contre les commissions. Puisqu’il est dit que tous les avis seraient souhaités dans le débat, je ne m’en priverai point au risque d’écorcher les susceptibilités à fleur de positionnement en cette période de redistribution des cartes. Sauf qu’au Bénin les deux termes (réformes et commissions) ont tellement rimé depuis la conférence nationale que leur attelage en pleine "rupture" fait bizarre. Le symbole en est le "père" présumé de la constitution du 11 décembre 1990, Maurice Ahanhanzo Glelè, déjà président de la commission constitutionnelle de la conférence nationale en 1990, ensuite acteurs de beaucoup d’autres commissions, séminaires, études, colloques sur le sujet. Sans oublier ses deux mandats comme membre de la Cour constitutionnelle où il a pu expérimenter son "chef d’œuvre" dans des conditions sur lesquelles il est inutile de revenir. La "Cour des miracles" c’était déjà à son époque. Passons l’épisode du pied de nez de Yayi à son encontre pour l’avoir commis dans un premier temps pour lui sortir un rapport sur les réformes possibles avant de le contourner pour s’en remettre à une autre commission cette fois-là dirigée par Stanislas Pognon. Question : pourquoi pas enfin la rébellion du patriarche vis-à-vis de toute participation à une commission sur les réformes constitutionnelles, vu qu’il aurait déjà donné tout le meilleur de lui-même en la matière, à maints occasions ?

Il est loisible de constater d’ailleurs que plusieurs réformes échappent déjà à la commission. En effet, elle n’a même pas encore démarré ses travaux que les postes téléviseurs sont en voie de disparition à la présidence et dans les ministères. Il en est de même de l a grande révolution observée dans l’organigramme des ministères. La preuve que le champ d’action de la commission demeure exclusivement la révision constitutionnelle. En cette matière de révision de la constitution justement, l’élément central de l’arsenal institutionnel béninois reste le parlement et surtout sa commission des lois. Ses membres seraient certainement ravis de bénéficier de l’expertise de toutes les personnes cooptées par le chef de l’Etat pour réfléchir sur le sujet. Ainsi les débats ne se limiteraient plus à un rapport déposé sur le bureau du président de la République et qui ferait ensuite l’objet d’un projet de révision en bonne et due forme à réintroduire au parlement. On passerait ainsi directement dans le vif des débats. Mais ce n’est qu’un avis, celui d’un écrivaillon retors.

Autre conviction très personnelle, c’est le rôle des partis politiques dans les présentes réformes. A ce titre, de l’avis de beaucoup de Béninois, le premier palier des imperfections du système démocratique porte sur la fragilité et la précarité des partis qui l’animent notamment en ce qui concerne leur financement. Or une meilleure légalisation de ce financement est possible sans que la constitution ne soit touchée. Autre question : pourquoi ne pas œuvrer à la mise en place des partis politiques (nouvelle génération) à qui incomberait la responsabilité de réformer le système politique dans son entièreté ? Une réforme portée par des acteurs politiques, eux-mêmes issus d’une réforme initiale, pourrait gagner plus en légitimité et en crédibilité. Rien n’empêche les éminences cooptées par le chef de l’Etat d’infiltrer les nouveaux partis à naître afin d’y apporter leur expertise. D’autant plus que les partis auraient désormais plus de moyens, plus de visibilité idéologique, plus d’ambitions pour utiliser les quelques rares "compétences" qui existent encore dans ce désert.

Il est inconcevable qu’à l’ère de la rupture et du nouveau départ, la vie institutionnelle continue d’être régie par des partis rentiers, corrompus, détourneurs de deniers publics et prisonniers de compromissions de toute sorte. Il serait inconcevable que le régime actuel égrène une nouvelle année sans avoir assaini l’horizon des partis politiques. Et surtout inconcevable qu’on conduise un processus aussi capital pour la démocratie au Bénin voire en Afrique avec la même caricature à l’origine des déviances de deux dernières décennies d’impunité et de copinage. Qui mieux qu’un affranchi de toute nouvelle aventure politique (nouveau mandat présidentiel) pourrait faire l’affaire ?

La dernière chance donc...

Par Arimi Choubadé
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