Tout le monde veut participer à la révision de la constitution, même les mout...

vendredi 13 mai 2016 par Arimi Choubadé

Il paraît que des journalistes enragent de ne pas siéger au sein de la commission constituante mise en place par le chef de l’Etat. Sur la trentaine de privilégiés cooptés (5 ajouts de dernière heure) aucun professionnel des médias n’y figure. Un coup de gueule aux effets domino puisque la diaspora s’en est inspirée pour grogner aussi. Pareil pour syndicalistes, communistes et autres francs tireurs. Mais revenons à nos professionnels des médias soucieux, disent-ils, des modifications éventuelles aux rôles de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication qu’ils considèrent, à tort ou à raison, comme leur chose. Le problème est que les amis n’expliquent pas très clairement ce qu’ils envisagent de modifier dans la constitution au sujet de la Haac. Seulement trois articles laconiques figurent dans le document sur le sujet. Les principaux griefs faits à la Haac à savoir la nomination de son président par le chef de l’Etat, ses pouvoirs liberticides, son hybridisme juridique relèvent tous de sa loi organique qui peut être modifiée par une simple volonté législative sans passer par une révision de la constitution.

En attendant que le président Patrice Talon ne daigne trouver un moyen de consoler les confrères en courroux, on pourrait leur recommander de s’occuper à sortir leur profession de l’informel et de la précarité. Pour ce faire ils se rendraient utiles à eux-mêmes en faisant autant de bruit pour participer désormais au dialogue social national où se débattent les questions de l’emploi de tous les travailleurs du pays à l’exception hélas des professionnels des médias du secteur privé. En effet, la plupart de ceux qui sont conviés à l’hôtel Azalaï durant un mois pour évoquer les mécanismes de modification de la loi fondamentale bénéficient de retraite, de plan de carrière, de prise en charge sanitaire, de revenus légaux, et sont connus soit au Fonds national de retraite ou à la Caisse nationale de sécurité sociale ; des organismes totalement inconnus du côté de la presse privée notamment. Et pourtant, ce sont les acteurs eux-mêmes de ce secteur d’importance dans la vie d’une démocratie pluraliste qui ont décidé de s’exclure de la chaîne de solidarité nationale.

Il y a même mieux à faire pour les professionnels des médias mis en rade par le révisionnisme. Pourquoi ne pas mettre à profit cette période pour sortir de la poussière la pseudo convention collective fabriquée à leur intention et qui consacre le non droit dans lequel végète une grande partie de la corporation depuis plus d’une décennie ? A sa lecture, ils se rendraient compte automatiquement que c’est la seule convention collective signée par des acteurs qui ne sont connus ni à la bourse du travail ni au Conseil national du Patronat du Bénin. Ce qui n’a pas empêché le Directeur général du travail de l’époque de le parapher. Or sans la couverture légale du patronat et des centrales syndicales, il n’est pas possible de participer aux négociations sociales patronat-employés sous l’égide du gouvernement. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, les professionnels de la presse privée sont pratiquement parmi les rares travailleurs au Bénin à ne bénéficier de la moindre ligne dans le budget national. A peine s’ils sont confondus à la modique subvention sous forme d’aide de l’Etat à la presse privée dont le montant générique n’a pas bougé d’un iota depuis des années.

On entend dire que la constitution étant la bréviaire de tous les Béninois, son toilettage devrait incomber à toutes les couches, classes et catégories socioprofessionnelles. Les infrastructures routières ne sont pas moins utiles à tous les citoyens, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut convier tout le monde à la construction où à la répartition d’une route. Les "exclus" pourraient prendre leur mal en patience et savoir qu’en tout état de cause, le dernier mot revient au parlement où siège les représentants de tout le peuple béninois. Car en définitive, la révision constitutionnelle est une activité politique du ressort exclusif des partis politiques selon l’article 5 de la constitution. Les politiciens demeurent les utilisateurs principaux de la constitution. Eux seuls savent mieux que quiconque les écueils auquel ils ont été confrontés depuis 1990 et les amendements à y apporter.

Les réformes politiques aux politiciens ! Le barreau aux avocats ! La diplomatie aux diplomates !

Le journalisme aux journalistes !!!

Par Arimi Choubadé
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