Le crime d’avoir perdu une élection...

lundi 23 mai 2016 par Arimi Choubadé

Haro sur tous ceux qui n’auraient pas voté Patrice Talon au second tour des dernières présidentielles de mars 2016 ; indignes d’être des Béninois. Un groupuscule de prétendus patriotes ne parviennent plus à se retenir de déblatérer tous les jours sur les 35% d’électeurs ayant soutenu le vaincu. Les mis en cause doivent subir quotidiennement l’ire des nouveaux fous du roi accusant leurs cibles du crime le plus odieux, celui de ne pas avoir suivi le candidat du "peuple". Le crime d’avoir failli faire basculer le Benin dans le giron de la françafrique ; n’eut été la clairvoyance des "djihadistes" de la rupture, le pays courait vers un cataclysme certain ; grâce à ces derniers l’ancien système dévoyé de Yayi aurait été complètement anéanti. Reste néanmoins une dernière mission, celle de rechercher, répertorier, traquer les électeurs d’un vaincu estampillé usurpateur, étranger, sale colon blanc. Et la vindicte dure, plusieurs semaines déjà après le scrutin, alors que la nouvelle équipe s’attelle à rebâtir une nouvelle dynamique de développement.

Que le vrai vainqueur du scrutin de mars 2016 se soit déclaré Président de tous les Béninois n’émousse en rien les ardeurs des purificateurs-nés, chantres de la nouvelle morale républicaine. Que Patrice Talon rende hommage à son challenger du second tour à maintes occasions ; qu’il poursuive sa croisade de pacification en renouant le dialogue avec les principaux ténors de la coalition adverse dont le président du parlement à qui il a d’ailleurs rendu une visite privée à domicile ; que, un à un, les principaux acteurs politiques se rallient au pouvoir : insuffisant pour enrayer le lynchage tous azimuts des "apatrides". La bande d’intolérants se recrute surtout parmi des gens qui ne disposent d’aucun mandat, d’aucune légitimité et d’aucun moyen, rien, aucune marge de manœuvre pouvant accompagner le nouveau pouvoir dans ses ambitions. Leur seule et unique arme : des attaques verbales nocives à la cohésion autour des réformes.

Les insulteurs de perdants s’imaginent peut-être faire avancer le régime par ces interminables explications de vote sur le pourquoi il fallait voter Talon et non Zinsou. Avec pour seule conséquence l’exacerbation des clivages issus de la période électorale. A peine s’ils se rendent compte que 65% du parlement ne permet même pas d’aller au référendum. L’article 154 de la constitution précise que "...Pour être pris en considération, le projet, ou la proposition de révision, doit être voté à la majorité des trois quarts des membres composant l’Assemblée nationale". Cela suppose 75% des députés. Une jurisprudence de la cour constitutionnelle ajoute à cette disposition, l’obtention d’un consensus national "à valeur constitutionnelle". Un consensus entre tous les fils de ce pays et non entre les vainqueurs d’une élection exclusivement. Fort heureusement que Talon demeure lucide sur le fait que les discours clivants, intolérants, violents voire d’exclusion ne pourraient servir son mandat. Rien ne prouve d’ailleurs que les fameux djihadistes de la rupture ont effectivement voté selon leurs prétentions, le vote étant secret. La versatilité légendaire de l’électeur béninois n’est un secret pour personne.

Généralement, c’est dans les rangs des perdants que s’observent ces élans de mélancolie, d’aigreur et de rancœur. A moins que la crainte de devoir partager les strapontins en cas d’élargissement du régime et d’encombrement de la mangeoire ne soit la plus forte. Sans oublier que la plupart des crieurs avaient beaucoup contribué à l’avènement du régime Yayi en 2006. Une note d’espoir cependant. Pendant que ça aboie chaque jour contre les perdants, Talon lui poursuit sa stratégie de rassemblement autour de ses projets phares notamment la révision de la constitution. La commission chargée de produire la première réflexion sur le sujet n’a visiblement pas tenu compte du sectarisme ambiant en incluant les acteurs de tous les bords significatifs sur la scène publique nationale.

Le délit d’avoir voté Zinsou est un non-lieu ???

Par Arimi Choubadé
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