Antiparlementarisme hier...antiparlementarisme aujourd’hui ???

mercredi 1er juin 2016 par Arimi Choubadé

Encore une nouvelle vindicte à l’encontre du parlement ? Le prétexte trouvé par quelques agitateurs d’opinion, le débat autour des directives sécuritaires du gouvernement Talon à propos de la gestion des gardes du corps affectés aux députés. Juste la volonté exprimée d’organiser un débat en plénière sur le sujet et déjà des pêcheurs en eaux troubles y voient un bras de fer entre le parlement et le gouvernement quand certains ne parlent pas carrément de rébellion. Puis remontent à la surface tous ces instincts grégaires de diabolisation des représentants de peuple, vestiges des folies du changement-émergence-refondation ; insultes publiques, accusations, procès, irrévérence. Comme à l’époque où le palais des gouverneurs était pris pour un nid d’opposants malfaisants à anéantir par tous les moyens. Une aubaine pour tous les courtisans en attente d’être recasés dans le nouvel appareil de tirer à boulets rouges sur tout ce qui bougent au sein de l’hémicycle.

Yayi excellait dans cette quête de diabolisation de tout ce qui lui résiste. Un député n’était utile que s’il s’aplatissait devant ses frasques. Le parlement n’était digne à ses yeux que lorsqu’on pouvait y collectionner des dizaines de procurations à coup de corruption, de pression et de menaces de toutes sortes. La représentation nationale, comme l’aime Yayi, est celle dont le chef est arrimé à tous les désirs du grand chef tel le wagon à la locomotive (pin-pan). Gare donc à ces élus si jamais il leur arrivait un sursaut républicain tendant à s’opposer à une dérive gouvernementale. Il est déjà arrivé que des femmes soient déversées dans les rues pour héler des députés qui ont osé rejeter un accord de crédit. Les Portonoviens se souviennent certainement des chars positionnés aux abords du domicile du député Augustin Ahouanvoébla qui du reste avait échappé de peu de se faire coffrer en plein hémicycle par des agents de sécurité sur ordre du président de séance. La doyenne d’âge, Rosine Soglo ne rate de son côté aucune occasion pour rappeler comment elle a été menacée à domicile par un Président de la République en courroux contre une initiative parlementaire visant à le déférer devant la Haute cour de justice au plus fort de l’affaire des faux placements d’argent (Icc-services). Mais tout cela, c’était avant, bien avant la rupture et le nouveau départ.

Le régime né de la présidentielle de 2016 ne saurait souscrire à une survivance des avatars de ce passé révolu. Le chef de l’Etat en avait donné une illustration à la veille de l’ouverture de la session ordinaire d’avril 2016 en se rendant au domicile du président de l’Assemblée nationale. Une démarche perçue comme une nouvelle approche dans les rapports entre les deux institutions sous le signe du respect des textes. Et rien dans la posture observée lors des débats parlementaires du 30 mai ne laisse présager d’un orage à venir entre la rupture et le parlement. Ce n’était ni une fin de non recevoir ni une incitation à la révolte. Mais plutôt un recours à l’instance suprême de décision de l’institution parlementaire à savoir la plénière afin de déterminer la conduite à tenir. Ce qui rompt nettement avec les années pin-pan où le perchoir était sommé d’obéir aux injonctions du prince sans se référer à autres élus au mépris des procédures parlementaires en la matière.

Tout dépend désormais de la solidité des engagements mutuels à conduire les réformes institutionnelles à bon port nonobstant les interférences débridées. La sécurité des députés est loin d’être un sujet à enjeu politicien et ne saurait être la chasse gardée du seul président de l’Assemblée ou de son bureau à l’exclusion des autres élus. Le débat organisé autour du sujet n’est destiné qu’à tracer la ligne à suivre dans le cadre de la loi. Même si certaines chapelles travaillent visiblement à brouiller le gouvernement et le parlement. Ce dessein ne peut avoir pour seule conséquence que la mise en échec du processus de réformes constitutionnelles. Un parlement hostile au gouvernement équivaut, en effet, à un statu quo sur les amendements à la constitution envisagés. Comme si quelqu’un a intérêt à faire perpétuer l’immobilisme qui pourrait perdurer jusqu’à la survenance d’une nouvelle majorité au bout de 3 ans dans le meilleur des cas. Ce qui suppose les mêmes pratiques paralysantes pour la justice, le système partisan, l’administration publique, la gouvernance etc...

À qui profiterait l’antiparlementarisme alors ???

Par Arimi Choubadé
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