L’impôt sur le crime du "kpayo" ???

vendredi 24 juin 2016 par Arimi Choubadé

Cela se susurrait depuis peu que le gouvernement du Bénin pourrait recourir à des taxes sur le carburant de contrebande en provenance du Nigeria. De rumeurs, la perpective serait devenue une éventualité évoquée par le jeune ministre des Finances devant la représentation nationale. Connaissant la farouche révulsion de Talon vis-à-vis de la voyoucrasie d’Etat, il est fort à parier qu’il n’y ait pas de suite à cette possibilité. Impensable donc que le gouvernement puisse considérer le trafic illicite des hydrocarbures comme un nouveau gisement fiscal. Le Bénin a déjà suffisamment des perturbations à ses frontières avec le Nigeria pour en rajouter une formalisation de la contrebande d’essence. Le faire savoir avec force permet d’éviter toute équivoque sur le sujet avec le géant voisin de l’Est, lui-même à la recherche de parades efficaces aux assauts malfaisants des trafiquants de tout poil.

Vis-à-vis de l’Etat nigérian, revendeurs et utilisateurs de l’essence en vrac disposée le long des rues dans presque toutes les agglomérations au Bénin sont des receleurs. Imaginez un instant que l’Etat béninois s’en mêle et vient recueillir des taxes sur des produits recélés. Le percepteur de taxe devient automatiquement le commanditaire principal de ce pillage des ressources pétrolières du voisin. Surtout que cette activité ne procède pas d’un échange licite entre les deux États. Le Nigeria et le Bénin n’ont jamais pu établir des rapports codifiés du commerce de carburant comme c’est souvent le cas entre deux pays civilisés. Le trafic a toujours été alimenté par des réseaux plus ou moins mafieux agissant en toute violation des réglementations en la matière. Ce qui cause de considérables manques à gagner beaucoup plus pour le fisc nigérian que celui du Bénin. La fiscalisation annoncée de cette activité d’un côté des frontières devient de facto un refus de faire jouer la collaboration inter-État contre le crime et l’insécurité. Le pays victime pourrait alors légitimement revendiquer l’usage du droit de poursuite aux fins d’aller neutraliser ses agresseurs outre-frontières si possible face à l’incapacité voire la complicité de leur pays d’accueil. Être perçu comme un provocateur par la super puissance régionale peut être source de sérieuses déconvenues. L’épopée Hamani est encore vivace dans les mémoires.

Le kpayo se sait presque invulnérable du moins par la répression policière. Kérékou, Soglo, Kérékou à nouveau puis Yayi s’y sont cassés la dent, tour à tour. La mobilisation des différentes unités de forces publiques n’ont pas permis de briser le roc. Au contraire, il sort toujours des campagnes répressives plus robuste que jamais, étendant ses tentacules et ramifications à tous les niveaux de l’appareil politico administratif. On raconte que les trafiquants ont pour alliés des généraux, des ministres, des commissaires, des commerçants, des transporteurs, des religieux, des chefs de couvents etc... répartis des deux côtés de la frontières. Le déploiement de la soldatesque ne suffit pas pour annihiler cette redoutable chaîne de solidarité dans la malfaisance.

Le jeune argentier national a certainement raison de s’émouvoir face aux effets néfastes du kpayo sur l’argenterie nationale. L’Etat béninois peine à pressurer suffisamment les sociétés pétrolières qui opèrent légalement sur son territoire comme il le fait avec les autres entreprises, économie essentiellement fiscale oblige. Mais, si son gouvernement tient vraiment à mettre les béninois au travail comme proclamé, le bout du tunnel ne devrait pas être loin. Les populations impliquées dans ce commerce comprennent parfaitement les risques encourus par la manipulation de ces produits hautement toxiques. Elles n’attendent que la mise en valeur de la Vallée de l’Ouémé, de la dépression d’Adimalè, des maraîchages de Grand Popo etc... En occupant à des tâches de développement le personnel abusivement utilisé par le trafic, la fatalité peut être facilement vaincue. Pour le moment, le Kpayo demeure roi des moteurs au Bénin, et ceci pour quelques temps encore.

Le kpayo n’est pas imposable, monsieur le ministre...

Par Arimi Choubadé
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