Nationalité : Béninoise ; Passion : braiseur d’hommes...

mercredi 29 juin 2016 par Arimi Choubadé

Un pays transformé en un gigantesque bûcher pour hommes, du nord au sud, de l’est à l’ouest. Femmes, enfants, vieillards, vagabonds, intellectuels, ouvriers, tout le monde est convié à venir regarder, sans frais, en live, comment charcuter et brûler un individu. La sélection des cibles se fait à la criée, sans procès, sans investigations, sans contradictoire. Une soudaine clameur prononçant la sentence maléfique : ô voleur ! (quelque que soit le dialecte utilisé) suffit largement. Malheur à celui qui se trouverait en mauvaise posture au moment où les riverains ou les passants commencent par s’agglutiner autour du lieu du rixe. Généralement c’est celui qui git à terre entouré par quelques individus acharnés à le rouer de coups qui est d’office condamné par le tribunal populaire ainsi constitué. Ici ce n’est pas le faible qui est protégé contre les agresseurs mais plutôt l’acculé affaibli qui est d’office candidat au bûcher. La passion collective pour le brûlage d’hommes se charge du reste. Chacun y met du sien : une pauvre dame amène des bûchettes d’allumettes ; un conducteur de taxi-moto propose de soutirer quelques litres d’essence de sa moto ou d’aller en chercher auprès d’un vendeur à la sauvette ; un riverain court dans sa cour intérieure chercher des buches inflammables pour la cause ; un passant bien baraqué accepte d’user ses biceps musclés pour neutraliser la cible. Cela se passe au Bénin et nulle part ailleurs. Même le Nigeria où le phénomène semble avoir pris naissance il y a environ deux ou trois décennies s’est considérablement humanisé à ce propos. Au quartier latin de l’Afrique c’est le processus contraire.

Sommes-nous devenus ce peuple de primates, de corrompus et de fous ? Un brûlé vif à Malanville le matin, deux autres à 800 km plus loin à Abomey-Calavi deux heures plus tard, trois sur le champ à Cotonou le lendemain, encore un autre à Porto-Novo un autre jour etc... Une généralisation du brasier humain qui dure une semaine, deux semaines, trois semaines sans qu’aucune autorité nationale en charge de la sécurité ne s’adresse à une société dont la réclame en personnes brûlées vives s’accroît de jour en jour. Réclame amplifiée par les réseaux sociaux relayant au quatre coins du monde des scènes de souffrances atroces infligées à des individus anonymes gémissant dans une marre de flammes ou portant d’insoutenables entailles sanguinolentes sur des parties vitales du corps. Sous les regards enjoués de témoins en transe. Une aubaine pour les reporters improvisés occupés à immortaliser les détails de la déshumanisation à l’aide des caméras de leurs téléphones portables.

Il suffit qu’au préalable la clameur accuse quelqu’un de quelque chose, généralement de petits vols pour ne pas dire de larcins. Les metteurs en scène de circonstance se chargent de déposer un objet prétendu volé à côté du mis en cause et le tour est joué. Une moto, un mouton, un coq déposé à côté du brûlé vaut d’office le flagrant délit. Dans un État dit de droit, le flagrant délit ne se constate plus par les officiers de police judiciaire ou le magistrat. C’est le (ou les) brûleur auto désigné qui décrète désormais qu’il y a flagrant délit ou pas. La sentence, quel que soit l’objet prétendu volé, c’est servir aux passionnés des ébats macabres de torches vivantes un spectacle le plus barbare possible. Ceux qui n’ont pas pu participer à l’orgie peuvent se rattraper en achetant des photos des séances qui se vendent comme de petits pains sur les places de marchés et dans les transports en commun. Les nazies entouraient au moins les fours crématoires d’une certaine discrétion pour ne pas dire pudeur.

Au même moment, les braquages écument tous les coins de rue. Comme si brûlage de présumés voleurs et recrudescence des braquages sont des frères siamois. Comme si une logique diabolique essaie de focaliser toutes les attentions sur les petits délinquants pendant que les gros bandits régnaient en maître sur les grandes boutiques, les grandes routes, les domiciles, en toute impunité. De là à conclure que la "bandit-passion" semble bien orchestrée par des mains insoupçonnables, il n’y a qu’un pas vite franchi. Un président de l’Assemblée nationale ne disait-il pas sur le plateau de la télévision nationale que c’est à la présidence de la République qu’il avait rencontré pour la première fois de sa vie le célébrissime colonel civil Dévi, auteur de plusieurs exécutions sommaires largement médiatisées, sensé être recherché par toutes les polices du pays ? C’était déjà sous Kerekou. Avis donc aux touristes et aux amateurs de sensations fortes. Au Bénin il n’y a pas que Ganvié, les tatas-sombas ou la Pandjari. Il y a aussi la braise-spectacle d’êtres humains...

Eh oui ! Nous sommes devenus ce peuple-là !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1544-nationalite-beninoise-passion.html

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