Cancres à la poubelle !!!

vendredi 8 juillet 2016 par Arimi Choubadé

Quelqu’un pour nous expliquer les délires jubilatoires autour du grand retour des échecs scolaires massifs à l’occasion des examens 2016. A peine si certains ne sablent pas carrément le champagne en apprenant que le département du Coufo affiche un taux de 20% d’admission au Certificat d’études primaires et que tout le pays avoisine les 39%. Pendant que des mômes de 9 à 10 ans attendent de comprendre pourquoi ce traumatisme de l’échec s’abat subitement sur eux, la clameur insidieuse se réfugie plutôt derrière quelques incantations puritaines du genre : « vérités des résultats » ou encore « vrai visage de l’éducation ». S’ensuivent des fatwa à la cantonade accusant pêle-mêle gouvernants, parents d’élèves, programmes d’enseignement voire apprenants (pauvres petits, déjà coupables avant même d’avoir l’âge d’être jugé). Parallèlement, les lauriers pleuvent sur la tête des « courageux » auteurs de la rigueur des notes à l’origine de l’hécatombe ; bien que ce soient les mêmes fonctionnaires auteurs des précédents résultats supposés être des faux depuis plusieurs années. Aux heures de la rupture chacun veut montrer patte blanche ; tant pis si des bambins devraient en subir les conséquences indélébiles.

En tout temps et en tout lieu, le système éducatif tient toujours de la politique. Avis à tous les néo analystes qui prétendent déceler à travers les anciens résultats des visées politiques. Il ne devrait pas en être autrement puisque, même la décision de faire chuter lourdement les apprenants de 2016 participe d’une option politique. Les échecs massifs aux examens, c’est du déjà connu au Bénin. Jusqu’en 1992-93, les taux d’admission aux différents examens tournaient autour de 10%. Il fut une longue période où le Cep était à 30%, le Brevet à 7% et le Bac à 17%. Une situation que la politique a décidé de corriger du fait des conséquences néfastes des échecs massifs. En effet, il était presque impossible de convaincre les gens de scolariser leurs enfants dans un contexte d’échec systémique. Or si l’Etat avait décidé de construire plus d’écoles, de classes, de recruter plus d’enseignants et d’engloutir plus de deniers publics dans le système c’est pour que les enfants puissent aller à l’école et s’y épanouir. A moins de nous expliquer que le seul moyen de faire épanouir les petits c’est de les plonger dans le stress dès le bas-âge. Qui peut nous garantir que tous les milliers d’enfants déclarés recalés aux différents examens de 2016 reprendront le chemin des classes à la rentrée suivante avec la bénédiction des parents déjà très sceptiques sur l’utilité de l’école surtout dans les zones rurales ?

L’échec massif aux examens n’est peut-être pas une mauvaise thérapie pour l’éducation nationale. Ce qui est plutôt préoccupant, c’est l’absence de mesures d’accompagnement à la tragédie 2016. On imagine la surpopulation des classes d’examens à la rentrée prochaine alors que les chefs d’établissement avaient déjà programmé les passages sur la base des taux généralement atteint depuis plusieurs années. On aurait pu réintroduire l’entrée en sixième pour le Cep, par exemple, comme un filtrage supplémentaire. Il fut une époque où il y avait le probatoire destiné à limiter les passages en classe de Terminale ainsi que les mentions « passe avec examen » sur les bulletins de passage en classe supérieure.

Un mot néanmoins sur les insinuations opportunistes à propos du niveau des enfants. Auparavant, les candidats au Cep étaient déjà des pères et mères de famille à la recherche de diplôme juste pour se faire une place dans l’administration naissante. De nos jours ce même diplôme s’obtient pas des gamins qui ne pourraient éventuellement s’en servir dans une probable vie active qu’une dizaine d’années après son obtention. Ces genres de causalité entre l’individu et le diplôme peuvent être étendus à tous les niveaux d’étude. Et puis, il y a quelque chose de surréaliste qui se perpétue en ce siècle digital au Bénin ; des enseignants totalement ignorants de l’outil informatique sont appelés à évaluer de petits génies en whasap, facebook, twitter et dans d’autres applications informatique de pointe. La référence de la connaissance continue d’être la grammaire française administrée par des gens incapables de démarrer un ordinateur face à des experts en manipulation d’androide dernier cri. Face-à-face, le super enseignant analphabète informatique et le petit taré très actif sur internet.

Qui d’entre les deux a finalement le niveau le plus bas ???

Par Arimi Choubadé
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