Rien ne peut sauver la filière véhicule d’occasion !!!

mercredi 10 août 2016 par Arimi Choubadé

Irrémédiablement le commerce de véhicules d’occasion s’enfonce dans les profondeurs de sa fin quasi certaine. On annonce une dégringolade du volume débarqué au port de Cotonou de l’ordre de 82 voire 85% en quelques années. Chute vertigineuse d’une activité érigée en filière politico-affairiste depuis plusieurs régimes. La crise s’accompagne naturellement d’une satire politique très mouvementée à l’avènement du régime de la rupture. L’imminence d’une probable redistribution des cartes provoque chez acteurs, intermédiaires, administratifs, politiques et activistes de tous bords des tumultes à la hauteur des enjeux comme à chaque changement de locataire à la Marina. Le gouvernement lui-même parle de plus d’une centaine de milliards de déperdition de 2012 à 2016. Soubresauts autour d’un moribond dont l’agonie risque de durer toute une éternité.

À écouter les prétendus acteurs du secteur évoquer les causes du déclin, l’espoir serait encore permis. Selon eux, il suffirait au président Talon de renvoyer les anciens fous du roi Yayi au profit des fous du nouveau roi pour renflouer les cales des navires de véhicules d’occasion en direction du Bénin, l’un des rares pays au monde à ériger la ferraille polluante en filière vitale pour l’économie nationale. Les gars croient dur comme fer qu’en agissant sur quelques leviers sur place à Cotonou ils pourraient donner une nouvelle jeunesse à l’exportation de ces déchets automobiles. Les experts de service parlent de surenchères des faux frais, de la hausse des taxes douanières, de la trop grande implication du politique etc... Pourtant l’un des plus gros écueils de cette affaire, c’est que les acteurs béninois n’ont aucune prise sur la matière première à savoir les véhicules usagers. Tout dépend des comportements des consommateurs européens et nord américains. Or justement, c’est à ce niveau que s’observe le péril actuel sur cette pseudo filière à laquelle des Béninois croient encore.

Le plus grand concurrent des importateurs de ferraille automobile du Bénin est apparu avec la naissance et la prolifération de l’industrie de la récupération. C’est donc par centaines de conteneurs que chinois, hindous et autres négociants étrangers viennent chercher les déchets et autres épaves d’automobile sur les côtes africaines. Or ils en trouvent évidement de bien meilleures qualités en Europe et en Amérique du Nord privant ainsi les africains d’une matière première d’un genre particulier. De plus, les habitudes de consommation ont considérablement évolué avec la généralisation de l’industrie de récupération. Les firmes automobiles proposent tout simplement à leurs consommateurs d’échanger des véhicules usagers avec du neuf moyennant une légère compensation. Ce qui explique la diète chez les chasseurs de véhicules d’occasion venus de Cotonou, Lomé ou Accra à la recherche de vieilles glorioles pour leurs clients. Ce n’est donc pas parce qu’on aurait dépouillé des "fous" pour habiller d’autres "fous" que cela modifierait les nouvelles habitudes de consommation ou mettrait fin à l’industrie de récupération automobile.

La matière première de la filière dite de véhicules d’occasion est en cours de raréfaction avancée pour ne pas dire irrémédiable partout dans les pays industrialisés. La récupération empêche la reconstitution d’un parc capable de nourrir les marchés sur les côtes africaines. En quelques décennies, les Africains ont réussi à nettoyer l’occident de toutes ses épaves automobiles au point d’en manquer actuellement. Tout le gisement initial est donc épuisé pendant que les nouvelles habitudes ne permettent plus d’avoir un nouveau stock exportable. Les importateurs de ces déchets, les États précepteurs de taxes sur la ferraille ainsi que les utilisateurs d’épaves sont contraints de se trouver un nouveau filon pour continuer à entretenir leur business. La filière de véhicules d’occasion a donc vécu. Du coup, la conséquence sur l’animation de la vie politique au Bénin prend des allures d’un drame en perdant sa principale manne intarissable depuis Kérékou. Sans financement public et sans les spéculations autour des véhicules d’occasion, de nombreux partis politiques pourraient se mettre au régime sec.

Vers la fin des meetings et des fous de roi ????

Par Arimi Choubadé
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