Ces fameuses inventions démocratiques béninoises !!!

mardi 16 août 2016 par Arimi Choubadé

Le Bénin s’apprêterait à léguer à l’humanité entière un nouveau concept d’amélioration de la gouvernance publique à travers le "mandat unique". Selon les nouveaux chantres autoproclamés de ce label, Jean-Baptiste Elias du Fonac et Martin Assogba de Alcrer, le Bénin serait en voie d’assumer, encore une fois, son rôle de pionnier en matière du renouveau démocratique. Ains après le mandat de 5 ans renouvelable une seule fois imputée à tort ou à raison à la conférence nationale de février 1990, place au mandat unique non renouvelable à l’ère de la rupture. Un argument destiné à tous les sceptiques hostiles au mandat unique ou qui doutent de son efficience ailleurs où cela a été appliqué. Eh bien le génie béninois ferait en sorte que toute l’Afrique s’abonne désormais à la nouvelle trouvaille de la rupture comme ce fut le cas pour le mandat de 5 ans renouvelable une fois sorti de la conférence nationale. Quand bien même 25 ans après Plm Aledjo à Cotonou, beaucoup de pays continuent d’entretenir des présidences à vie sur fond de démocratie tropicalisée.

Sans présager de l’issue de la procédure de révision constitutionnelle, on peut néanmoins s’interroger sur les prétendues inventions du génie béninois. Le même génie précurseur des coups d’Etat en Afrique au lendemain des indépendances. Un modèle qui a vite écumé toute la sous région devenue le berceau du changement brutal de régime sous l’égide d’officiers oisifs rompus à l’art de provoquer l’intrusion massive des militaires dans la gestion des nations naissantes. Grâce donc au génie béninois, les premiers régimes issus pourtant de processus démocratiques plus ou moins précaires ont volé en éclats laissant le champ libre à toute sorte de manipulation du néocolonialisme voire du recolonialisme. Il a fallu 1990 pour que le même génie propose le renouveau démocratique avec bien entendu sa dose de malice dont sont friands les Béninois. Ainsi la naissance de la démocratie sans partis politiques où le pouvoir se gagne à l’aune de l’argent d’origine inconnue et non des idées défendues. Faisant ainsi le lit à la corruption d’Etat, à l’aventurisme et à une vie publique amorale voire indécente.

Comment parler des inventions béninoises sans évoquer celle très prisée par tous les régimes totalitaires d’Afrique prédateurs de liberté de presse à savoir la régulation des médias ? De nos jours, en effet, la fermeture d’une radio, d’une télévision ou d’un journal ne déclenche plus lyre de la communauté internationale puisque les gouvernements ont confié désormais la besogne à des "Hautes autorités de l’audiovisuelle et de la communication". Des institutions prétendues indépendantes qui se révèlent dans les faits être des bras armés déguisés des pouvoirs politiques. Autre invention à la béninoise, c’est la transformation des Cours constitutionnelles en arène de magiciens capables de fabriquer des légitimités à leur guise en cessant d’être de simples juges de contentieux puisqu’il leur est désormais dévolu un rôle administratif de "constatation d’infraction" sans plaintes des acteurs. On connaissait le juge administratif, mais le génie béninois y a ajouté le juge-administrateur-législateur.

Le gros problème des trucs créés au Bénin en matière de démocratie c’est souvent la carence de la dimension intellectuelle de leur conception. Au moins les révolutionnaires ont pu se greffer sur les théories de Karl Max, Lénine et Angels pour assoir leur imposture durant 17 ans. Pour le reste, les concepts tombent sur la tête des citoyens sans aucun support sous forme de doctrines, de travaux de recherche, d’exégèses ou d’enseignements connus et éprouvés. Même les adhésions ou les réticences se font au gré des humeurs et de considérations purement subjectives. Lorsqu’on prend l’exemple de l’institution de la Haac, il est presque impossible de se procurer une production intellectuelle sur sa pertinence même après plus d’une vingtaine d’année d’existence - ne serait-ce que pour la justification historique. Quelqu’un a souhaité ou voulu qu’elle soit mise dans la constitution et cela a été fait. Comme s’il suffisait d’édulcorer à son propre goût un concept vu ailleurs pour en faire une invention au Bénin. Heureusement que la notion de consensus érigé en principe constitutionnel exige de convaincre ses adversaires même les plus résolus plutôt que de les vaincre.

Convaincre et non vaincre, tel est l’enjeu...

Par Arimi Choubadé
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