"L’Amérique du Bénin, c’est le Nigeria" !!!

mercredi 24 août 2016 par Arimi Choubadé

Paroles du vieux sage Nicéphore Soglo. L’essence en vrac vendue à moins de 300f le litre contre 575f dans les station-services agréées ; la bière de contrebande à 350f la bouteille de 66 cl contre 600 f pour la bière locale ; les rues des grandes villes béninoises littéralement envahies par les produits de grande consommation en provenance du Nigeria voisin, à vil prix. Ceci depuis quelques semaines. Dans un contexte où d’interminables convois de camions flanqués Dangote entreprennent la traversée des territoires béninois et togolais en direction du Ghana. Pendant ce temps, entreprises et banques béninoises broient du noir. La plupart des régies publiques peinent à atteindre les objectifs de recouvrement attendus par le gouvernement. Les acteurs portuaires quant à eux n’arrêtent plus de se plaindre du changement brusque de comportement de leurs clients originaires du grand voisin le Nigeria. Un grand déclin de l’activité économique qui a surpris beaucoup d’acteurs Beninois.

Mais depuis le 22 août 2016, on en sait davantage sur ce spleen généralisé autour du commerce au Bénin. Aucun doute, toute la zone CFA subit le contrecoup de la dévaluation de la monnaie nigériane, le naïra, croit savoir Nicéphore Soglo, ancien président de la République du Bénin, ancien administrateur de la banque mondiale, à travers une déclaration rendue publique à son domicile. Pour le patriarche : "la zone franc et la France ne peuvent plus rester les bras croisés devant la dévaluation de 50% du naïra". Sa sentence se passe de tout commentaire lorsqu’elle précise que : "le CFA est désormais surévalué par rapport au naïra". Autrement dit le CFA doit être réajusté pour ne pas dire dévalué. Son analyse se fonde sur la baisse des revenus issus des cours du pétrole en chute libre et les mesures prises par le gouvernement nigérian pour relancer son tissu industriel. La dévaluation du naïra a donc pour conséquence d’inonder les pays limitrophes de produits manufacturés au Nigeria afin de redonner vie à l’industrie du plus grand marché africain. Il vient chercher chez les voisins ce qu’il a perdu sur le commerce de son pétrole.

Et Soglo de se référer aux vagues de réactions habituellement observées sur les grandes plateformes financières dans le monde à chaque soubresaut du dollar américain. Une fluctuation du naïra nigérian devrait donc entraîner des secousses sismiques dans toute la sous région ouest et centre de l’Afrique : "Notre Amérique c’est le Nigeria, affirme l’ancien de Bretton Woods dans une sorte de rendez-vous avec l’histoire. Ainsi, pendant que dans les pays considérés comme majeurs de la zone CFA tels que la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Cameroun personne n’ose évoquer le sujet d’une nouvelle dévaluation du CFA, Soglo, lui, donne de la voix du haut de sa longue expérience en la matière. Ne disait-on pas de lui qu’il fut l’un des grands artisans de la dévaluation du CFA en 1994 alors qu’il était président de la République du Bénin ? Son avertissement sonne comme une mise en garde contre "la ruine de nos économies".

Ainsi, encore au 21ème siècle, à l’ère de la démocratie et de la liberté d’expression la question de la monnaie demeure un grand tabou dans près de 14 États en Afrique. Jamais de débat national sur le devenir d’une monnaie contrôlée à partir d’un autre continent. Presque jamais de sommet de chefs d’Etat pour parler du devenir du CFA, encore moins de séminaires d’experts ou de rencontres internationales sur cette monnaie coloniale. Le sujet n’effleure même pas les lèvres à l’occasion des campagnes électorales dans les pays concernés. Rien d’étonnant si le coup de gueule d’un Idriss Deby à ce propos ait été accueilli dans une indifférence totale. Aucun de ses pairs n’a daigné reprendre cet argumentaire visant à sortir l’Afrique de l’esclave monétaire, vestige de la colonisation. Pourtant le péril est là ; le Nigeria qui déverse ses produits tout autour de lui ; le CFA qui devient plus un obstacle aux échanges avec le plus grand marché du continent ; et personne dans cette zone franc pour prendre l’initiative ; la France, véritable propriétaire du CFA occupée à ses propres approximations internes

Vive le CFA ! Vive l’esclavage monétaire !!!

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1557-l-amerique-du-benin-c-est-le.html

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?