Aucun Béninois n’est contre Porto-Novo, la capitale !!!

lundi 29 août 2016 par Arimi Choubadé

Article 1 de la constitution du 11 décembre 1990 : "...La capitale de la République du Bénin est Porto-Novo...". Disposition constitutionnelle qu’aucun Béninois n’a jamais osé contester depuis la création de l’Etat moderne du Dahomey devenu Benin. Le sujet n’est même jamais venu en débat malgré les nombreuses crises et polémiques ayant meublé la vie publique du pays. Même les révolutionnaires dans leur quête de liquidation de l’ordre ancien n’ont pu s’attaquer à la capitale. Certes, étaient apparues des notions telles que capitale économique (Cotonou), capitale historique (Abomey) mais l’ex-ville des gouverneurs est demeurée capitale quoique administrative. Et pourtant persiste dans une certaine opinion l’impression d’une conspiration contre la ville aux trois noms (Porto-Novo, Hogbonou, Adjatchè). Des mains invisibles l’empêcheraient de revêtir les vrais attributs d’une capitale, la seule dans la sous région à ne pas disposer d’un aéroport, d’une grande salle de spectacle, d’une université et d’autres édifice de prestige dus à son rang.

Allons pour le grand complot ourdi contre la terre de Tè Agbanlin ! Mais, l’accusation peine à aligner les noms d’auteurs de ce rayonnement quasi obsolète de la capitale du Bénin. Les anciens et actuel président de la République ? les ministres ? les fonctionnaires ? Les députés ? Qui ? Chacun y va de son fantasme et de sa subjectivité pour identifier le ou les prétendus coupables. Personne n’a jamais pu rien prouver en la matière avec des faits et des arguments irréfragables. Un procès en sorcellerie où tout le monde accuse tout le monde. Face à l’impasse, il convient peut-être de poser la question autrement. En effet, si quelqu’un (un président de République, des députés, des fonctionnaires et autres décideurs) voulait habiliter la capitale, de quels instruments juridico-institutionnels disposent-ils ? En dehors du seul article 1er de la constitution, le sort de Porto-Novo ne figure dans aucun autre texte de la République. Il faut recourir à une législation générique sur la décentralisation pour lui trouver une existence juridique quelconque en tant que commune parmi 77 voire commune à statut particulier parmi 3.

C’est donc cette législation sur la décentralisation qui la confine sur le plus petit territoire dont pouvait disposer une commune au Bénin avec une population de 250 mille habitants. À titre de comparaison Lagos compte 21 millions d’habitants et Lomé 1,5 millions d’âmes. Même s’il plait aujourd’hui à Patrice Talon d’y ériger un aéroport international, il lui faudrait trouver des espaces. Par quels mécanismes étendre les limites de la ville à souhait sans se heurter à des blocages d’ordre législatif, politique voire socioculturel. À moins d’entrer dans d’interminables compromissions. En définitive, personne n’est contre le statut de capitale dévolu à Porto-Novo mais personne ne peut faire quelque chose de significatif pour la rétablir en dehors de quelques broutilles du genre Programme de réhabilitation, juste un décret visant à caser quelques amis ou courtisans.

Porto-Novo n’a besoin de l’amour de personne avant de revêtir ses attributs. Il a surtout besoin d’une application de l’article premier de la constitution. Tous les acteurs de la vie publique savent que toute disposition constitutionnelle nécessite des textes d’accompagnement pour être mises en exécution. À titre comparatif, si la légitimité du chef de l’Etat se limitait exclusivement à l’article 41 de la constitution et qu’il n’existait pas des lois portant indemnités et avantages des membres des institutions, le budget national n’aurait rien prévu pour le compte de la présidence de la République. Ce qui reste donc à faire pour Porto-Novo, c’est une loi spécifique sur la capitale à traduire dans la loi de finance à chaque exercice. Porto-Novo a aussi besoin de mécanismes spécifiques pour l’extension de son territoire sans passer par les contraintes d’une intercommunalité classique. Le tout pourrait être parachevé par une loi portant siège des institutions de la République. Et cette mission incombe à tous ceux qui se reconnaissent dans la constitution du 11 décembre 1990.

Porto-Novo n’est capitale que dans la constitution ...

Par Arimi Choubadé
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