Entre esclavage monétaire et contrebande...

lundi 5 septembre 2016 par Arimi Choubadé

Premier rempart de l’Uemoa face à un Nigeria en pleine récession économique. Un statut qui coûte au Bénin un spleen généralisé sur ses régies financières. Le géant de l’Est a décidé de serrer davantage la vis ; réduction du train de vie de l’Etat, suppression des subventions sur les hydrocarbures, lutte contre la corruption, campagne de vérifications des biens des anciens dignitaires, rapatriements des fonds publics domiciliés dans les paradis fiscaux puis enfin, dévaluation du naïra, la monnaie locale. Un traitement de cheval qui a le mérite de réveiller le tissu industriel longtemps en sommeil. Vu de Cotonou, Parakou, Abomey et autres c’est l’omniprésence des produits sortis des usines nigérianes dans les bars, les restaurants et sur les étagères des petites vendeuses. Pendant ce temps, les marchés ne trouvent plus de visiteurs nigérians dont le pouvoir d’achat a été réduit de 50% à chaque fois qu’ils doivent se procurer un article hors de leurs frontières.

Finie donc la période de tolérance où le grand voisin fermait les yeux sur les nombreux trafics qui contribuent à engraisser les caisses de l’Etat béninois : véhicules d’occasion, produits congelés, riz et huile importés. Obasanjo s’était offusqué du fait que le Nigeria parvenait à assurer un minimum vital à ses 181 millions d’habitants alors que la dizaine de millions de Béninois d’à côté croulait sous une misère indicible. D’où l’extrême tolérance vis-à-vis des trafics destinés à alimenter l’économie béninoise. Mais au fil du temps cette condescendance du grand frère semble n’avoir eu qu’un impact négligeable sur le niveau de vie des supposés bénéficiaires. L’économie béninoise est demeurée exclusivement fiscale, tributaire des jongleries du maître français manipulateur de la monnaie et des agrégats en la matière. Normal que les scrupules tombent un à un face à l’âpreté de la baisse des cours de pétrole et le niveau de corruption sous le régime Goodluck.

Pendant que le Nigeria, en souverain, Etat libre et indépendant joue sur ses propres indicateurs structurels afin d’éviter à ses citoyens des déconvenues à long terme, le Bénin accuse le coup, sans broncher, totalement impuissant. Comme ses 14 autres compagnons d’infortune de la zone CFA toujours soumis à l’esclavage monétaire séculaire, le Bénin n’a pas les armes pour réagir autrement que de solliciter vainement la magnanimité de son grand voisin. Sauf que le choix de Buhari ne fait l’ombre d’aucun doute ; Il ne pouvait échanger le bien-être de ses181 millions de compatriotes contre 10 millions de potentiels contrebandiers à ses frontières. Le risque est d’ailleurs à multiplier par le nombre de ses pays limitrophes à savoir le Niger, le Cameroun, le Tchad, tous esclaves d’une monnaie entièrement sous contrôle du maître hors du continent africain. Il ne servait donc plus à rien d’essayer d’aider des pays qui n’envisagent pas eux-mêmes de s’affranchir d’une tutelle nocive et humiliante. Buhari en a pris acte et le Bénin en souffre.

Le gouvernement de la rupture prend en pleine figure ce piège sans fin. D’un côté un système monétaire "Oxymore" totalement dévoyé ; de l’autre une contrebande qui change désormais d’orientation. Cela équivaut à moins de ressources pour la construction de salles de classe, de centres de santé, de forages de puits ou de financement de projets agricoles. Dans un contexte d’étranglement progressif du maigre système de production interne avec les risques de dépôt de bilan en cascade dans de nombreuses entreprises locales. N’eut été le cri de détresse presque sans écho de Nicéphore Soglo, la dévaluation du naïra passait presque pour un non événement parce que pour le moment ce n’est que le petit Benin qui en souffre. Il est si minuscule qu’il ne pourrait induire un réajustement structurel à l’échelle de toute la basse-cour monétaire franco-africaine.

Que peut faire l’esclave monétaire privé de contrebande ???

Par Arimi Choubadé
Permalien:http://arimi.ilemi.net/1560-entre-esclavage-monetaire-et.html

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