Pour intégrer l’Afrique, il faut "désintégrer" le CFA !!!

vendredi 9 septembre 2016 par Arimi Choubadé

Le CFA serait arrimé à l’Euro. Pourtant, jamais les dirigeants des 14 États francophones d’Afrique n’ont été vus aux côtés de leurs homologues de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et consorts lors des sommets de l’Euro groupe. Des prétendus alliés naturels de la monnaie européenne que l’on retrouve par contre à tous les sommets consacrés à l’Union Africaine. Peut-être viennent-ils y représenter l’Euro auprès de l’UA ? D’où, naturellement, une question, celle de savoir si les mêmes qui prétendent être intimement liés aux européens peuvent participer concomitamment à la construction de l’intégration africaine. Le choc des enjeux économiques est tel, de nos jours, qu’il est impossible d’envisager une convergence d’intérêts entre l’Europe et l’Afrique. Bien qu’alliés de vieille date et issues de la même culture judéo-chrétienne, les Etats-Unis et l’Euro continuent de se mener une guerre économique impitoyable partout à travers le monde parfois avec une perversité redoutable.

Si l’Europe et l’Afrique ne sont pas engagées dans une fusion organique concertée, il convient donc de rechercher l’impact de la présence de "pro européens" aux assises de l’intégration africaine. Lorsqu’on connaît l’emprise totale de la France sur la gestion du CFA, les francophones tapis au sein de l’UA apparaissent comme de dignes agents de leur maître pour ne pas dire des taupes. Ce qui peut justifier les échecs répètés de tous les concepts d’intégration élaborés à Addis-Abeba. Le ver dans le fruit. Les déboires de la construction poussive de la Cedeao illustrent parfaitement le syndrome de cheval de Troie que font peser les francophones sur le continent noir. En effet, afin d’éviter une trop grande influence du Nigeria sur l’Afrique de l’Ouest, les francophones se sont dépêchés de donner un coup d’accélérateur à l’Uemoa. Toutes les instituons prévues à la Cedeao ont été dupliquées à l’échelle de l’Uemoa (exclusivement francophone) à savoir le parlement, la cour de justice communautaire, la commission exécutive et beaucoup d’autres mécanismes. Tout juste pour éprouver la dynamique Cedeao qui prenait des allures trop favorables au géant Nigeria au risque de menacer la domination de la France sur ses sujets francophones.

Le phénomène est encore plus affligeant lorsque la voix de l’Afrique doit se faire entendre à l’international. Impossible d’avoir le soutien des francophones sur une position censée contredire les intérêts français. Les dossiers Gbagbo et Kadhafi l’attestent à merveille. La France au cœur même de l’Afrique. Concevoir un projet économique ou en toute autre matière avec les francophones d’Afrique revient donc à le faire directement ou indirectement avec la France. Intégrer le CFA, monnaie exclusivement gérée par la France à la construction de l’intégration africaine revient par ricochet à vouloir intégrer la France elle-même voire l’Europe. Or, il n’a jamais été à l’ordre du jour de réaliser un projet commun regroupant les deux continents. Dans ces conditions, les francophones devraient choisir entre "demeurer" sous les ordres de l’Euro ou enfin rejoindre leurs frères du continent noir.

Mais puisqu’il est tout aussi illusoire d’espérer que les francophones eux-mêmes puissent trouver les facultés culturelles, intellectuelles et morales de se libérer, le reste du continent est contraint de prendre son destin en main. Le CFA étant européen, les non CFA peuvent déjà essayer de se construire une intégration en se passant des esclaves monétaires. Il est vrai que cette solution peut entraîner quelques désagréments du fait de l’éparpillement géographique des francophones. On voit bien les difficultés du Nigeria et du Ghana à échanger convenablement du fait qu’ils soient intercalés par deux francophones, le Togo et le Bénin. La zone sud de l’Afrique, par contre, semble relativement épargné par ce fléau ; ce qui profite à la Sadec qui paraît aujourd’hui l’une des régions les plus homogènes et les plus dynamiques de l’Afrique malgré les avatars d’une décolonisation tardive et de l’apartheid.

Le CFA est avec l’Euro et non avec l’Union africaine ???

Par Arimi Choubadé
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